
ANTANANARIVO – « Chaque minute perdue est une perte colossale pour la Nation. » C’est par ce constat que la ministre du Tourisme et de l’Artisanat a justifié l’urgence de la remise officielle, le lundi 23 février 2026, de 27 machines de transformation du cuir à la coopérative GasySkin. Offerts par le COMESA dès 2019, ces équipements d’une valeur de 500 000 dollars sont restés inexploités pendant sept ans, un dossier qui a traversé les administrations de Joël Randriamandranto et de Viviane Dewa avant d’aboutir sous l’actuelle direction de Lilly Rafaralahy.

Le prix de l’inertie : 35 millions d’euros en jeu
L’artisanat malagasy n’est pas une activité secondaire : il génère environ 35 millions d’euros par an, argue la ministre de l’Artisanat et du Tourisme. Dans ce contexte, la non-utilisation de ce parc industriel depuis 2019 est analysée par le ministère comme un manque à gagner majeur pour l’économie nationale.
Pendant sept ans, Madagascar a perdu l’opportunité d’augmenter son volume de production, d’améliorer la précision de ses finitions et d’étendre ses parts de marché à l’international, alors même que des commandes massives étaient identifiées dès 2021. A cette époque, les rapports du COMESA affichaient un optimisme volontaire, annonçant des perspectives de commandes indiennes massives portant sur 2 000 pièces de chacun des 17 articles en cuir différent. À l’époque, on annonçait une production prête à être multipliée par dix.
Pourtant, le constat de 2026 est sans appel : durant toutes ces années, les machines n’ont jamais fonctionné. Ce qui était présenté comme un secteur en plein essor il y a cinq ans était en réalité un projet paralysé, le matériel de 500 000 dollars restant sous scellés au Centre National de l’Artisanat Malagasy (CENAM).

Le passage de relais technique
Un aspect crucial de cette transition réside dans le transfert de l’assistance technique. Le programme de soutien régional (RISM), financé par l’Union européenne et le COMESA, ayant achevé son cycle de financement, la responsabilité de la mise en œuvre opérationnelle repose désormais sur les acteurs locaux.
Les artisans de GasySkin, qui ont bénéficié de sessions de formation théorique et de renforcement de capacités sur les normes de qualité internationale entre 2019 et 2021, entament maintenant une phase d’appropriation directe du matériel.

L’enjeu n’est pas seulement de faire démarrer les moteurs, mais de répondre aux standards de la SADC et du COMESA.
- Maîtrise de l’outil : En l’absence de l’encadrement technique initial du projet désormais clos, les artisans devront mobiliser leurs propres ressources pour optimiser l’usage des machines.
- Normes et Export : L’objectif reste la transformation locale des peaux brutes en produits finis à haute valeur ajoutée, respectant les standards de traçabilité et de certification écologique évoqués lors des phases préparatoires du projet.
En somme, la remise de ces machines symbolise la résilience d’un projet qui a su traverser les années. Pour Madagascar, l’enjeu est désormais de transformer cet investissement de 500 000 dollars en un succès commercial pérenne, en s’appuyant sur l’expérience acquise par les artisans au fil de ces sept années de préparation.

