
Le fleuve Tsiribihina est à nouveau le théâtre d’un drame atroce. Un garçonnet de 8 ans a été tué par un crocodile sous les yeux d’une foule impuissante. Si une partie de son corps a été retrouvée ce jeudi 5 février 2026 à midi, l’événement soulève une fois de plus le problème critique de l’accès à l’eau et de la sécurité des gens dans la commune.
Le drame s’est produit hier matin dans la localité de Berevo. Selon le maire, Limbiraza Francis, un groupe d’enfants s’était rendu au bord du fleuve pour puiser de l’eau et se laver. C’est au moment de remonter que le drame s’est noué. Le plus jeune du groupe, un garçonnet de 8 ans, est retourné au bord de l’eau pour rincer la boue sur ses pieds. C’est là que le crocodile a surgi. Selon les témoins oculaires, l’attaque fut d’une soudaineté foudroyante, ne laissant aucune chance à la petite victime.
Les autres enfants ont pris la fuite et appelé par la suite les villageois et la gendarmerie,
« Les forces de l’ordre ont ouvert le feu, mais l’animal a plongé avec l’enfant », rapporte un témoin.
En cette période de mousson (Fahavaratra), le niveau de l’eau est élevé, facilitant la fuite du reptile. Le corps sans vie de l’enfant a finalement été emmené sur la rive opposée par le prédateur, sous les yeux impuissants d’une foule en détresse et de son père rentrant de la pêche pour découvrir l’horreur.
Une vidéo amateur d’une violence insoutenable circule sur les réseaux sociaux, montrant la foule hurler et tenter désespérément d’effrayer le reptile avec des jets de pierres depuis la rive opposée. Ce midi, les recherches ont permis de repêcher la partie inférieure du corps de la jeune victime.

Le « Voay » : un prédateur redoutable et opportuniste
Ce drame met en lumière une réalité quotidienne tragique : bien que l’utilisation du fleuve soit formellement interdite par les autorités locales en raison de la présence de prédateurs, les habitants n’ont d’autre choix que de s’y rendre. La commune de Belo-sur-Tsiribihina manque cruellement d’infrastructures d’approvisionnement en eau potable, forçant les familles à s’exposer quotidiennement au danger pour leurs besoins vitaux.
Le coupable est le Crocodylus niloticus (crocodile du Nil), capable de mesurer jusqu’à 6 mètres. Plusieurs facteurs expliquent la multiplication de ces attaques :
- Déséquilibre écologique : Le déforestation des rives prive les reptiles de leurs proies naturelles.
- Opportunisme : Pour un crocodile de cette taille, un être humain est perçu comme une proie facile.
- Territorialité : À cette période, les animaux peuvent être particulièrement agressifs s’ils protègent leur zone.
Le protagoniste de ce drame est pourtant une espèce fascinante. Présent dans 26 pays d’Afrique, il est classé en « Préoccupation mineure » par l’UICN grâce à des populations stables.
Entre protection de l’espèce et sécurité publique
Face à l’émoi, des pièges ont été installés pour capturer et abattre l’animal. La loi malgache protège le crocodile du Nil, interdisant aux particuliers de les tuer. Toutefois, lorsqu’un spécimen devient un « mangeur d’hommes », des mesures d’exception sont déclenchées par le Ministère de l’Environnement et les forces de l’ordre pour éliminer la menace.
La rivière Tsiribihina est un axe majeur, non seulement pour les locaux mais aussi pour le tourisme international avec ses célèbres « descentes en pirogue ». Si les touristes admirent les crocodiles depuis leurs embarcations, la réalité pour les riverains est tout autre.
Face à la multiplication des accidents, les autorités et les chefs locaux appellent à une vigilance absolue. Plusieurs villages ont déjà adopté des mesures de protection, comme la construction de barrages de sécurité en bois autour des zones de puisage d’eau. Les autorités réitèrent aussi les consignes de prudence : ne jamais s’approcher du fleuve seul, éviter les heures de l’aube et du crépuscule, et surtout, ne pas laisser d’enfants sans surveillance près des zones herbeuses où le prédateur aime s’embusquer.

