Palais de la Reine : La fin du Colisée, une victoire pour les uns, un gâchis pour les autres

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    Le verdict est tombé. Après des années de controverses, la justice malgache a tranché : le Colisée ou kianjan’ny masoandro, construit au cœur du Palais de la Reine à Manjakamiadana sera démoli. Si cette décision marque un retour aux sources pour le patrimoine sacré, elle soulève également une vague de débats enflammés au sein de l’opinion publique.

    Il n’aura finalement été qu’une parenthèse de béton dans l’histoire séculaire de la colline sacrée. Le tribunal a ordonné aujourd’hui le démantèlement du Colisée, cet amphithéâtre de style romain qui défigurait, selon ses détracteurs, l’authenticité du site.

    Le ministre de la Communication et de la Culture, Gascar Fenosoa, a confirmé que les autorités allaient procéder à la démolition. « Le verdict nous donne l’autorisation de retirer cette infrastructure qui ne respecte pas la dignité de notre héritage culturel », a-t-il déclaré.

    Un dilemme entre identité et gestion publique

    Cependant, l’annonce de la démolition ne fait pas l’unanimité. Sur les réseaux sociaux et dans les rues de la capitale, une question revient en boucle : « Pourquoi détruire ce qui est déjà construit ? »

    Pour une partie des citoyens, le sentiment de gâchis prédomine. « Nahoana no harodana ny efa natsangana sy nandaniana volabe ? » (Pourquoi démolir ce qui a déjà été érigé et a coûté si cher ?), s’interrogent certains. Ils rappellent que cet édifice a été financé par l’argent public et craignent que cette démolition ne soit qu’une perte sèche supplémentaire. Pour eux, le rôle du nouveau gouvernement devrait être de valoriser l’existant plutôt que de détruire : « Handrodana ve izany no andraikitry ny fanavaozana ? » (Détruire est-il vraiment le rôle de la refondation ?).

    À l’opposé, les défenseurs de la culture et du sacré saluent une décision « juste et courageuse ». Pour ces derniers, le Colisée n’a jamais été un patrimoine, mais une verrue historique imposée sans considération pour les rites ancestraux. Ils estiment que le respect de l’identité nationale n’a pas de prix et que l’ancien régime n’avait jamais pris en compte les avertissements des experts et des gardiens de la tradition.

    Un « sacrilège » réparé selon les traditionalistes

    Pour Ndriana Rabaroelina, président des descendants des familles royales et initiateur des requêtes auprès du Conseil d’Etat, la construction du kianjan’ny masoandro est une « profanation » (fanotàna fady). Selon lui, seul le souverain ou le roi avait le droit de bâtir dans l’enceinte du Rova. Au-delà du spirituel, des préoccupations sécuritaires ont aussi pesé : le poids colossal de la structure menaçait les habitations situées en contrebas du Palais.

    Le projet de restauration, selon le ministre de la communication et de la culture prévoit un retour strict aux racines :

    • Le nom d’origine : Le site abandonne l’appellation « Rovan’i Madagasikara » pour redevenir le Rovan’i Manjakamiadana.
    • Épuration du site : Les éléments anachroniques, comme la statue de dinosaure, seront retirés.
    • Changement à Mahamasina : Le ministère étudie également le retour au nom de Kianjan’i Mahamasina, délaissant l’appellation « Kianja Barea ».

    Six ans après le début des contestations en 2020, le Rova d’Antananarivo s’apprête à retrouver sa silhouette historique. Reste à savoir si la démolition parviendra à apaiser les cœurs ou si elle creusera davantage le fossé entre les défenseurs de l’utilité infrastructurelle et les protecteurs de la tradition..

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