
Une nouvelle loi sur le commerce intérieur aux Comores suscite des inquiétudes chez les 20 000 ressortissants malgaches établis dans l’archipel. Promulgué le 21 juillet 2026, le texte prévoit de réserver certaines activités de petit commerce aux Comoriens de naissance. Cette mesure pourrait fragiliser les revenus de nombreux migrants, notamment les femmes qui vivent de la vente de produits alimentaires et de petits services.
Malgaches aux Comores : le petit commerce menacé
Au marché de Volovolo, à Moroni, les commerçants malgaches occupent une place importante dans le commerce de proximité. Beaucoup exercent de petites activités pour subvenir à leurs besoins et soutenir leurs familles restées à Madagascar. La diaspora malgache, autrefois davantage représentée dans l’enseignement ou le secteur du bâtiment, dépend aujourd’hui en partie de métiers comme la coiffure et la vente de fruits, de légumes ou de poissons séchés.
Pour de nombreuses femmes, ces revenus constituent une source essentielle de subsistance. Une partie de l’argent gagné est envoyée à Madagascar pour financer les dépenses quotidiennes des proches, dans des localités du Nord Ouest. L’application de la nouvelle loi pourrait donc compromettre les moyens de subsistance de ces travailleurs. Toutefois, les décrets d’application ne sont pas encore publiés, selon les informations rapportées. Les modalités précises de mise en œuvre restent ainsi attendues.
Une loi qui divise sur la protection du commerce local
Les défenseurs de cette mesure mettent en avant la protection de l’économie nationale. Selon les arguments avancés par des représentants du secteur privé comorien, le commerce de proximité devrait profiter en priorité aux entrepreneurs locaux afin de favoriser l’emploi et de renforcer les activités économiques nationales.
Cependant, cette approche suscite des critiques. Des juristes et des défenseurs des droits humains contestent notamment la distinction entre les Comoriens de naissance et les citoyens ayant acquis la nationalité par naturalisation. Ils s’interrogent sur la conformité de cette disposition aux principes d’égalité devant la loi. La question porte donc à la fois sur la place des étrangers dans le commerce et sur les droits des citoyens comoriens naturalisés.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte régional marqué par des débats sur l’accès des étrangers à certaines activités économiques. Les conséquences concrètes de la loi comorienne dépendront notamment de ses modalités d’application.
Les Malgaches demandent l’intervention d’Antananarivo
Face à ces incertitudes, des centaines de ressortissants malgaches se sont rassemblés à Moroni pour demander l’intervention des autorités malgaches. Ils souhaitent que leurs droits et leurs intérêts économiques soient défendus auprès des autorités comoriennes. La communauté réclame notamment l’ouverture d’une représentation diplomatique effective aux Comores. Elle espère ainsi disposer d’un interlocuteur capable de faciliter le dialogue et de rechercher des solutions avant l’application des restrictions commerciales.
Cette situation intervient alors que les relations entre Antananarivo et Moroni connaissent une reprise progressive. Les liaisons aériennes directes ont récemment repris après une suspension de cinq ans liée à des différends autour de trafics d’or. Pour les ressortissants malgaches concernés, l’enjeu est désormais de préserver leurs activités et leurs sources de revenus. Les prochaines décisions des autorités comoriennes, ainsi que les démarches diplomatiques de Madagascar, seront déterminantes pour connaître les conséquences réelles de cette loi sur la diaspora.