
Un réservoir vital en danger
Situé à l’ouest d’Antananarivo, le lac Mandroseza est depuis longtemps l’une des principales sources d’eau potable de la capitale malgache. Pourtant, cette réserve est aujourd’hui gravement menacée. En trois décennies, elle a perdu une quantité d’eau inquiétante.
Une perte annuelle alarmante
D’après une source auprès de la Jirama, le lac perd chaque année environ 17 millions de litres d’eau. Cette baisse résulte de plusieurs facteurs combinés :
– Le prolongement des saisons sèches
– La diminution des précipitations
– L’impact des activités humaines destructrices
L’urbanisation incontrôlée, les dépôts de déchets et l’état défaillant des réseaux d’assainissement contribuent à la dégradation continue du lac. Le ministre de l’Environnement, Max Fontaine, a tiré la sonnette d’alarme lors de la Journée mondiale des zones humides :
« Nous déversons trop d’ordures dans ce lac qui est pourtant la source de l’eau que nous consommons. »
Il a aussi lancé un appel à la prise de conscience collective. Protéger le lac Mandroseza est un impératif vital pour la population.
Un envasement préoccupant
Dès 2017, des alertes avaient été lancées par des observateurs comme Rasamy, auteur d’un blog sur l’environnement. Des mesures bathymétriques depuis l’an 2000 confirment une accumulation excessive de vase, un mélange de boue, de sable fin et de matières organiques.
- En 2000, la profondeur maximale du lac atteignait 7,37 mètres
- En 2017, elle n’était plus que de 4,25 mètres
Cette évolution réduit considérablement la capacité de stockage du lac.
Un déficit hydrique inquiétant
Avec ses 43 hectares de superficie et une profondeur allant de 2,5 à 4,5 mètres, le lac a la capacité de stocker jusqu’à 800 millions de litres d’eau. Mais cette réserve devient de plus en plus fragile, et insuffisante pour répondre à la demande croissante en eau de la capitale.
La station de traitement d’eau de Mandroseza, qui assure 90% de l’approvisionnement en eau potable d’Antananarivo, peut purifier 215 millions de litres par jour. Mais face à une demande quotidienne estimée à 300 millions de litres, le déficit est estimé à 85 millions de litres par jour. Un écart critique qui se traduit par des coupures fréquentes dans les foyers, parfois même dans les services de santé ou les écoles.

Urbanisation sauvage et pollution directe
Les flancs nord et ouest du lac sont envahis par une urbanisation non planifiée. Des habitations surgissent dans des zones non constructibles, sans dispositifs d’assainissement adaptés.
Les eaux usées et pluviales sont déversées directement dans le lac, entraînant une pollution qui affecte autant la quantité que la qualité de l’eau. Ce phénomène rend le traitement de l’eau plus complexe et coûteux.
Une alerte symbolique : la JMZH à Mandroseza
Cette année, la Journée mondiale des zones humides (JMZH) a été célébrée à Mandroseza. Le thème était clair :
« Protéger les zones humides pour notre avenir commun »
L’événement visait à sensibiliser le public sur l’importance de ces écosystèmes dans la lutte contre le changement climatique et la sécurisation de l’eau. Le ministère de l’Eau, représenté par Lalaina Andrianamelasoa, a salué l’initiative et rappelé l’urgence d’une gestion durable.
Un patrimoine à préserver à l’échelle nationale
Madagascar compte 21 zones humides inscrites à la Convention de Ramsar, représentant plus de 2,1 millions d’hectares. Parmi les sites les plus remarquables :
- Le parc national Tsimanampetsotse
- La barrière de corail de Nosy Ve-Androka
- Les lacs Ambondro et Sirave
- Le parc Tsarasaotra à Antananarivo
- La baie d’Ambaro, classée en 2020
Ces zones humides abritent une riche biodiversité, mais elles jouent surtout un rôle fondamental dans la régulation des inondations, l’atténuation des sécheresses et la lutte contre le réchauffement climatique.
Agir avant qu’il ne soit trop tard
Mandroseza n’est pas un cas isolé. Mais il illustre parfaitement les défis environnementaux qui se posent aux grandes villes africaines.
L’avenir d’Antananarivo dépend en partie de la protection durable de ses zones humides.
Protéger Mandroseza, c’est préserver notre eau, notre santé et notre avenir.