Symbole vivant de l’identité culturelle malgache et pilier du monde rural, le zébu occupe une place centrale dans l’économie agricole de la Grande Île. Parallèlement, avec ses 5 000 kilomètres de côtes, Madagascar dispose de ressources halieutiques exceptionnelles. Entre traditions pastorales, élevage bovin et exploitation durable des produits de la mer, état des lieux des filières de l’élevage et de la pêche.
1. Le zébu à Madagascar : Entre valeur culturelle et capital économique
Le zébu (Omby) est bien plus qu’un simple animal d’élevage à Madagascar ; il est intimement lié à la vie sociale, aux rituels traditionnels et au statut économique des familles, particulièrement dans les régions du Sud et du Moyen-Ouest.
Le rôle du zébu dans la société traditionnelle
Dans les coutumes malgaches (Fomba Gasy), le zébu accompagne toutes les étapes existentielles :
- Prestige et capital d’épargne : La taille du troupeau mesure la richesse et la notoriété du propriétaire dans le village.
- Rites et cérémonies : Le zébu est indispensable lors des cérémonies familiales majeures (mariages, circumcisions, funérailles et retournements des morts ou Famadihana).
- Auxiliaire agricole : Utilisé pour le piétinement des rizières lors de la préparation des sols et pour la traction des charrettes rurales.
La filière viande et l’approvisionnement des villes
Le commerce des zébus alimente la filière viande nationale. Des marchés aux bestiaux célèbres (comme celui d’Ambalavao dans le Matsiatra Ambony ou d’Ihosy) rassemblent des milliers de têtes acheminées à pied par les marchands (parata) vers les abattoirs des grandes agglomérations.
| Activité / filière | Lieu / débouché | Rôle / fonction |
| Élevage pastoral | Sud & Moyen-Ouest de Madagascar | Assurer la production de bétail et l’approvisionnement de la filière |
| Marchés aux bestiaux | Ambalavao | Organiser la vente, la circulation et la commercialisation du bétail |
| Filière viande / exportation légale | Marchés nationaux et marchés extérieurs | Valoriser la production et développer les débouchés commerciaux |
| Traction agricole & rites traditionnels | Zones rurales | Utiliser le zébu dans les travaux agricoles et préserver ses fonctions culturelles et traditionnelles |
2. Défis de la filière bovine : Sécurité et amélioration génétique
L’élevage bovin fait face à des contraintes de sécurité et de productivité qui ralentissent son essor industriel.
La lutte contre le vol de bétail (Dahalo)
Dans certaines zones reculées du Sud, les attaques de voleurs de bétail (Dahalo) ont longtemps créé un climat d’insécurité pour les éleveurs. Les opérations conjointes de la Gendarmerie et des Détachements Autonomes de Sécurité (DAS), couplées à l’utilisation de puces électroniques de traçabilité bovine, visent à sécuriser les troupeaux et les axes de transit.
L’amélioration des races et la production laitière
Dans les Hautes Terres (région du Vakinankaratra autour d’Antsirabe), l’élevage bovin s’est orienté avec succès vers la production laitière grâce au croisement du zébu local avec des races européennes (Pie Rouge, Holstein). Ce bassin laitier alimente les usines d’agroalimentaire et la grande distribution en fromage, beurre et yaourts.
3. La filière pêche et produits de la mer : Un trésor d’exportation
Entourée par l’océan Indien et le canal du Mozambique, Madagascar possède une Zone Économique Exclusive (ZEE) particulièrement poissonneuse.
La pêche industrielle et l’exportation des produits nobles
La pêche professionnelle génère d’importantes recettes en devises pour le pays grâce à l’exportation de produits marins à haute valeur marchande :
- La crevette sauvage et d’élevage : Surnommée « l’or rose », la crevette malgache certifiée label rouge est très prisée sur les marchés européens.
- Le thon de haute mer : Pêché par des flottes thonières opérant dans le cadre d’accords de pêche internationaux réglementés.
- Les langoustes, crabes de mangrove et concombres de mer : Principalement exportés vers l’Asie et la région Océan Indien.
La pêche traditionnelle et artisanale
Plus de 100 000 pêcheurs traditionnels (Vezo dans le Sud, Sakalava sur la côte Ouest) pratiquent la pêche à bord de pirogues à balancier. Cette activité assure la subsistance alimentaire directe des communautés côtières et alimente les marchés locaux en poisson frais.
| Filière Halieutique / Élevage | Zone Principale de Production | Marché Cible Majeur | Défi Prioritaire |
| Élevage de Zébus | Sud (Ihorombe, Androy) / Moyen-Ouest | Consommation nationale & viande | Sécurisation et traçabilité |
| Bassin Laitier | Vakinankaratra (Antsirabe) | Agroalimentaire & Villes | Amélioration des rendements laitiers |
| Pêche à la Crevette | Côtes Ouest et Nord-Ouest (Majunga) | Exportation Europe / Label Rouge | Gestion durable des stocks marins |
| Pêche Traditionnelle | Ensemble des côtes (Vezo, Sakalava) | Subsistance et marchés locaux | Préservation des récifs coralliens |
4. Gestion durable des ressources maritimes et gouvernance
La préservation de la biodiversité marine exige un encadrement strict des prélèvements.
La mise en place de fermetures saisonnières
Afin de permettre la reproduction des espèces et de lutter contre la surpêche, le ministère de la Pêche et de l’Économie Bleue instaure des fermetures de pêche périodiques (pour la crevette, le crabe et la langouste). Le respect de ces repos biologiques garantit le renouvellement naturel des stocks.
Les Aires Marines Protégées à Gestion Communautaire (MIHARI)
Le réseau des Aires Marines Protégées gérées par les communautés locales (réseau MIHARI) permet aux villages de pêcheurs de délimiter leurs propres réserves marines temporaires ou permanentes, favorisant la régénération des récifs et l’augmentation des captures artisanales.
FAQ : Tout savoir sur l’élevage et la pêche à Madagascar
Pourquoi le zébu malgache a-t-il une bosse sur le dos ?
La bosse du zébu est une réserve de graisse corporelle qui permet à l’animal de résister aux longues périodes de sécheresse et au manque de pâturage dans les régions arides du Sud.
Qu’est-ce que le réseau MIHARI à Madagascar ?
MIHARI est le réseau national des Aires Marines Protégées gérées directement par les communautés de pêcheurs traditionnels à Madagascar, promouvant une gestion durable et locale de la mer.
Les produits de la mer malgaches sont-ils soumis à des normes d’exportation spécifiques ?
Oui, les établissements d’exportation de produits halieutiques doivent obtenir l’agrément sanitaire délivré par l’Autorité Sanitaire Vétérinaire (ASH) pour garantir la conformité aux normes européennes et internationales.
Conclusion : Concilier traditions pastorales et économie bleue
L’élevage et la pêche constituent deux leviers majeurs pour assurer la sécurité alimentaire et les recettes d’exportation de Madagascar. En valorisant les savoir-faire traditionnels tout en instaurant une gestion durable des ressources terrestres et maritimes, le pays sécurise l’avenir de son monde rural et côtier.