samedi 17 octobre 2026

À Marovasa, village enclavé du nord-ouest de Madagascar, l’EPP réalise 100 % de réussite au CEPE

À Marovasa, village enclavé du nord-ouest de Madagascar, l’EPP réalise 100 % de réussite au CEPE

Accessible par la mer, par les airs ou par des pistes de brousse difficiles, Marovasa Be vit loin des grands centres et des commodités. Dans ce village d’une centaine de ménages, où les familles font face à la précarité, l’école publique vient pourtant d’enregistrer un résultat historique : 100 % de réussite au CEPE. Une performance qui récompense les efforts des élèves et l’engagement des enseignants.

Marovasa Be, un village isolé au nord de Mahajanga

Pour comprendre la portée de cette réussite scolaire, il faut d’abord situer Marovasa Be et mesurer les contraintes liées à son éloignement.

Situé dans le nord-ouest de Madagascar, au nord de Mahajanga et à proximité de la baie de Narinda, le village s’étend sur une presqu’île bordée de criques face à l’océan. Le cadre naturel est remarquable, mais cet isolement a une autre réalité : accéder à cette localité et y acheminer des ressources demande une organisation particulière.

Il n’existe pas de route goudronnée pour rejoindre le village. Depuis Mahajanga, il est possible de s’y rendre par la mer, au terme d’environ trois heures de navigation le long du littoral. Le trajet peut également s’effectuer par avion privé, avec un atterrissage sur une piste isolée. Par voie terrestre, les pistes de brousse imposent le recours à des moyens adaptés, notamment la moto-cross ou la charrette à bœufs.

En saison des pluies, certaines pistes deviennent impraticables, compliquant davantage les déplacements. Dans ces conditions, la disponibilité des fournitures scolaires, l’entretien des bâtiments et le fonctionnement quotidien de l’école prennent une dimension particulière. Pour les familles, déjà confrontées à des ressources limitées, les dépenses liées à la scolarité constituent un effort supplémentaire. Un cahier, un stylo ou quelques crayons peuvent sembler ordinaires. À Marovasa, ils représentent pourtant des moyens essentiels qu’il n’est pas toujours facile de réunir.

100 % de réussite au CEPE : une première pour l’école

C’est dans cet environnement que l’École primaire publique (EPP) de Marovasa vient de réaliser une performance remarquable. Pour la première fois de son histoire, l’établissement affiche un taux de réussite de 100 % au Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). Cette année, 34 élèves ont fréquenté l’école, qui compte deux enseignants de l’État. Leur réussite fait aujourd’hui la fierté du village.

Mais derrière ce résultat, il y a bien plus qu’un chiffre. Il y a le travail accompli en classe, la préparation aux examens et la volonté de poursuivre l’apprentissage malgré les contraintes matérielles. Dans une localité où les ressources sont limitées et où l’accès aux équipements peut être compliqué, cette performance témoigne de la détermination des élèves et de l’investissement de l’équipe éducative.

Elle rappelle également que les enfants des villages éloignés ont les mêmes capacités et les mêmes aspirations que ceux des zones mieux desservies. Ce qui leur manque parfois, ce ne sont ni l’envie d’apprendre ni le potentiel de réussir, mais les moyens nécessaires pour avancer dans de bonnes conditions.

À Marovasa Be, les fournitures scolaires et l’engagement des enseignants contribuent à améliorer les conditions d’apprentissage des enfants.

Des enseignants déterminés à faire progresser les élèves

À Marovasa, les résultats scolaires s’inscrivent dans un travail quotidien qui demande de la patience et de l’engagement. Les enseignants doivent accompagner les enfants, consolider leurs acquis et les préparer aux examens, tout en composant avec les moyens disponibles. Razafiarisata Hervé Clément, enseignant FRAM chargé des classes de CM1 et CM2 et directeur de l’EPP Marovasa Be, évoque une évolution positive de la situation scolaire.

L’équipe éducative organise également des examens blancs, notamment pour les classes de CE et de CM2, afin de préparer les élèves aux épreuves et d’évaluer leur progression. Ces exercices permettent aux enfants de se familiariser avec les sujets d’examen et aux enseignants d’identifier les difficultés à travailler avant les évaluations officielles. Pour l’équipe pédagogique, l’enjeu ne s’arrête pas à l’obtention du CEPE. Il s’agit aussi de donner aux enfants les bases nécessaires pour poursuivre leur scolarité et envisager la suite avec confiance.

Des moyens limités, des besoins bien réels

Dans une école éloignée, les besoins sont souvent très concrets : des livres, des fournitures, des outils pédagogiques, du matériel sportif et des bâtiments accueillants. Leur disponibilité peut faire une réelle différence dans le quotidien des élèves et des enseignants. Les familles font ce qu’elles peuvent, mais leurs ressources ne suffisent pas toujours à couvrir l’ensemble des dépenses liées à l’éducation. Le fonctionnement de l’établissement repose donc aussi sur la solidarité et la mobilisation de partenaires extérieurs.

Depuis deux ans, VISION MADAGASCAR ou ViMa NGO accompagne l’EPP de Marovasa en contribuant notamment aux indemnités des enseignants, à la fourniture de matériel scolaire et à l’amélioration des bâtiments par la peinture. Son appui comprend également des équipements sportifs, des actions de sensibilisation à l’hygiène et à la propreté, ainsi que des contributions aux festivités du village et des distributions de cadeaux aux enfants lors de la fête nationale et de Noël. Pour Razafiarisata Hervé Clément, cette collaboration avec des partenaires de bonne volonté est importante, car l’aide des parents ne suffit pas toujours à répondre à tous les besoins de l’école.

À Marovasa Be, les fournitures scolaires et l’engagement des enseignants contribuent à améliorer les conditions d’apprentissage des enfants.

La fierté des familles, au-delà des résultats

Pour les habitants, voir les enfants progresser et réussir constitue une source de satisfaction. Dans un village où les difficultés du quotidien sont nombreuses, le bon déroulement de la scolarité représente une préoccupation importante pour les parents. Le sentiment exprimé par les habitants est simple : ils sont heureux de voir leurs enfants étudier dans de bonnes conditions.

Cette confiance est précieuse. Elle encourage les familles à continuer de soutenir la scolarité de leurs enfants, malgré les moyens limités, et renforce le lien entre l’école et la communauté. La réussite au CEPE vient ainsi récompenser les efforts des élèves et des enseignants, tout en donnant aux parents une raison supplémentaire de croire en l’éducation comme moyen d’ouvrir de nouvelles perspectives.

À Marovasa, l’éloignement ne doit pas limiter l’avenir des enfants

Les 100 % de réussite au CEPE ne font pas disparaître les difficultés de Marovasa Be. Les familles restent confrontées à la précarité, les besoins de l’école demeurent importants et les efforts devront se poursuivre pour maintenir cette dynamique. Mais cette performance démontre qu’une école située loin des grands centres peut, elle aussi, obtenir des résultats remarquables lorsque les élèves s’investissent et que les enseignants poursuivent leur mission malgré les obstacles.

À Marovasa, la réussite est celle des enfants, mais aussi celle d’une communauté qui continue de croire en l’éducation. Elle rappelle que l’éloignement géographique ne devrait jamais déterminer les chances de réussite d’un élève. Au bout des pistes de brousse et des chemins qui conduisent à ce village du nord-ouest malgache, l’école avance. Et cette année, ses résultats offrent à toute une communauté une raison supplémentaire de regarder l’avenir avec confiance.

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