
Manakara – Avant de se rendre au bord de l’eau de Faraony, Valisoa Suzanne avait laissé une trace écrite. Une lettre de décharge, signée par elle-même, son mari, et établie avec l’assistance de son frère et de sa sœur. Dans cette lettre, la femme écrivait avoir choisi volontairement de se soumettre à la pratique du tangena (celui de traverser à la nage la rivière de Faraony) afin de « se purifier devant le fokonolona ». Elle y précisait également que, quoi qu’il advienne, la communauté ne saurait être tenue pour responsable, celle-ci ayant initialement proposé une mesure d’exil qu’elle avait refusée.

C’est ce document que les ampanjaka de Sahakevo ont mis en avant ces derniers jours pour éclairer l’opinion, alors que la mort de Valisoa Suzanne continue de susciter émotion et incompréhension.
Un choix assumé, selon les autorités traditionnelles
L’ampanjaka de Sahakevo Tranobe Antandroy, Ralava Jacqueson, affirme que le recours au tangena n’a pas été imposé par la communauté. Selon lui, la femme avait catégoriquement rejeté toute idée d’exil, déclarant publiquement : « Na ho vy, na ho vato, na ho tapahan-doha, dia tsy hiala eto aho. » (« Même au prix de ma vie, je ne quitterai pas ce lieu. »)
Il ajoute que Valisoa Suzanne faisait l’objet de soupçons persistants depuis plusieurs années, une situation qui aurait profondément marqué la communauté et alimenté les tensions.

Un conflit ancien ravivé par un décès
Âgée de 50 ans, Valisoa Suzanne, épouse de Rakotonirina Jean, mpanjaka à Sahakevo, était accusée de pratiques de sorcellerie par certains membres de son entourage. Les soupçons se sont intensifiés après la mort d’une jeune fille, Rasoa Hélène Paupine, dont le décès a ravivé les peurs et déclenché une rupture entre le couple et le reste du village.
Réunis en assemblée, les habitants avaient alors décidé d’appliquer le Dinaben’ny Antanala, un pacte coutumier prévoyant l’exclusion et des sanctions traditionnelles pour éviter de nouveaux drames. Une décision que la principale intéressée a refusée.

Le tangena et l’issue fatale
Le 16 décembre 2025, le couple s’est rendu sur le site sacré de Sahavoatsilagna, dans le fokontany de la commune Sahasinaka, pour y subir l’épreuve du tangena. L’homme en est ressorti vivant. Valisoa Suzanne, elle, s’est noyée, à quelques mètres du rivage.
Son corps a été retrouvé trois jours plus tard, au même endroit, conformément aux croyances locales liées à cette pratique.

Enquête administrative et suites
Alerté par l’ampleur de l’affaire, l’Organe Mixte de Conception (OMC), conduit par le préfet de Manakara, Belahy Théophile, s’est rendu sur place le 23 décembre 2025 pour établir les faits. L’existence de la lettre signée par le couple a été confirmée par les autorités locales.
Une nouvelle réunion communautaire est annoncée pour le 9 janvier 2026 à Sahasinaka, afin de rappeler officiellement les règles du Dinaben’ny Antanala et prévenir d’autres tragédies.
Derrière les procédures, les traditions et les mots consignés sur le papier, demeure une réalité humaine : celle d’une femme morte au terme d’un choix qu’elle disait assumer, dans un contexte de peur, de croyances et de pressions communautaires.

