« Pourquoi suis-je encore vivante ? » : le témoignage inédit de Mampionona, rescapée de la tragédie d’Ambohimalaza

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C’est la première fois, en un an, qu’une victime raconte de A à Z ce qu’elle a vécu lors de l’anniversaire qui a provoqué la mort d’au moins une trentaine de jeunes à Ambohimalaza.

Elle s’appelle Mampionona Fanevasoa. Sur son compte Facebook, elle a décidé de raconter, dans une longue vidéo, les souvenirs douloureux de cette nuit qui a bouleversé sa vie. Pendant des mois, elle n’a pas voulu revenir sur cette tragédie. Mais aujourd’hui, un an après les faits, elle estime qu’il est temps de révéler son histoire.

Dès les premières minutes de son témoignage, la douleur est palpable. « Nous étions neuf amis assis ensemble : Tommy, Mathieu, Nofy, Stefy, Sahaza, Mamy, Judicael, Deborah… Ils sont tous morts. »

Elle marque une pause.

« C’est à peine croyable. Les amis avec qui tu as bu, ri, fait la fête… ils sont tous partis. Avez-vous imaginé le traumatisme que j’ai vécu ? C’est lourd à porter. » Elle explique qu’elle n’a même pas pu assister aux funérailles ni comprendre immédiatement ce qui s’était passé. Le 15 juin 2025, elle a été hospitalisée pendant un mois et huit jours. Coupée du monde, elle ignorait tout de l’ampleur du drame. « Very namana aho… tena marary izao », répétait-elle en apprenant progressivement que tous ses amis étaient décédés.

Mampionona en photo avec ses amies décédées

« On me demande toujours pourquoi je ne suis pas morte »

Aujourd’hui encore, une question revient sans cesse. « On me demande toujours : pourquoi tu n’es pas morte comme eux ? Moi-même, je me pose la même question. Pourquoi suis-je vivante ? Pourquoi suis-je encore là ? » Elle raconte alors, avec précision, ce qu’elle a personnellement vécu cette nuit-là.

Le 14 juin, Fenohasina célébrait son anniversaire dans un espace à Ambohimalaza. La fête aurait commencé vers 18 ou 19 heures. Mampionona, elle, est arrivée vers 21 heures. « Je suis venue pour m’amuser. »

Elle consomme du punch et d’autres cocktails alcoolisés. Comme la plupart des invités, elle mange de tout : composé, snacks, achards, pakopako, brochettes, fromage, charcuterie… Elle précise qu’elle boit rarement sans vomir. Vers 23 heures, elle se sent ivre et éprouve le besoin de vomir. « Ste fy m’a accompagnée aux toilettes. »

Par la suite, certaines personnes lui diront que ce vomissement lui aurait peut-être sauvé la vie, en rejetant une partie du poison. Mais elle-même ne sait pas quoi en penser. Car peu avant minuit, alors qu’une partie des invités rentrent chez eux, elle reste encore sur place avec quelques personnes. Fenohasina, l’organisatrice de la fête, ainsi que sa mère, quittent les lieux pour rejoindre leur famille endeuillée après un décès survenu plus tôt dans la journée.

Pendant ce temps, les invités restants décident de continuer à manger. « Il restait encore beaucoup de nourriture. Je me suis remise à manger du composé et tout ce qu’il y avait sur la table. » Mais à aucun moment Mampionona n’a mentionné le fameux donut, que la plupart des gens soupçonnent d’être à l’origine de l’empoisonnement.

Les premiers signes

Elle rentre chez elle vers 7 heures du matin et se couche. À son réveil, vers 10 heures, elle ressent un mal de tête. Stefy lui envoie alors un message. Elle souffre de vertiges et se rend au centre hospitalier JRA avec un ami présentant les mêmes symptômes. Peu à peu, la nouvelle tombe : plusieurs participants à l’anniversaire sont déjà hospitalisés.

Mampionona refuse d’abord de s’y rendre. Sa mère insiste. Arrivée au HJRA, elle découvre une scène qu’elle n’oubliera jamais. « Tous mes amis étaient déjà là. Certains étaient allongés par terre, d’autres aux urgences. C’était bondé. » Le plus troublant, dit-elle, c’est qu’à ce moment-là, elle ne ressent pratiquement aucun symptôme grave. Malgré cela, les médecins la prennent immédiatement en charge : oxygène, perfusions…

Le député Siteny Randrianasoloniaiko a pris en charge ses soins à Maurice

Un mois entre la vie et la mort

La suite se déroule à l’hôpital. Et c’est une autre histoire. « Ce que j’ai vécu à l’hôpital est encore une autre longue histoire. Ce n’est pas le moment de la raconter. Mais j’y ai vécu tellement de choses. » Elle reste clouée au lit pendant plus d’un mois. Paralysée. Elle ne voit presque plus. Sa langue se bloque, l’empêchant de parler correctement. Son corps devient mou, sans force.

Aujourd’hui encore, son cou porte la trace visible de cette épreuve : le trou laissé par la trachéotomie qui lui a permis d’être oxygénée.

Quelques mois plus tard, elle fait partie des cinq jeunes victimes envoyées à l’île Maurice pour des soins intensifs grâce au soutien du député Siteny Randrianasoloniaiko.

Une demande simple : la vérité

Un an après les faits, Mampionona ne demande qu’une chose : « Qu’il y ait une véritable enquête. Que justice soit rendue aux jeunes victimes d’Ambohimalaza. » Selon les chiffres officiellement rapportés, quatorze survivants ont été recensés après la tragédie. Sur une cinquantaine d’invités présents ce soir-là, trente-neuf personnes avaient été prises en charge en urgence au HJRA.

Le bilan s’est aggravé au fil des semaines pour atteindre au moins 34 à 35 morts. Quatorze rescapés vivent aujourd’hui avec des séquelles physiques et psychologiques parfois très lourdes. Fenohasina et sa mère figurent également parmi les survivantes. Elles ont néanmoins perdu des proches ainsi que plusieurs amis invités à cette fête.

Ce 10 juin 2026, Fitahiana, un rescapé qui a rechuté à la suite de complications, est revenu à Madagascar après avoir été opéré en Inde. Il y a séjourné pendant deux mois. Le président de l’Assemblée nationale a financé successivement ses soins à Maurice, puis en Inde. « Si nous avions investi cet argent, j’aurais pu construire deux belles villas », a déclaré le président, « mais la vie humaine a plus de valeur que des maisons. » Quant à Tojo Rahamefy, un autre cas complexe, il s’apprête à partir en Russie pour la suite de ses soins, notamment pour traiter ses problèmes pulmonaires qui lui causent toujours de graves étouffements.

Analyse : un an après, l’enquête semble dans l’impasse

Le témoignage de Mampionona remet un visage humain derrière les chiffres. Pendant des mois, l’opinion publique a surtout retenu le nombre de morts, les hypothèses médicales et les déclarations officielles. Mais derrière ces statistiques se trouvent des jeunes qui avaient simplement répondu à une invitation d’anniversaire.

Un an plus tard, l’enquête continue pourtant de susciter davantage de questions que de réponses.

Empoisonnement volontaire ? Botulisme ? Intoxication accidentelle ? Les expertises locales et internationales ont avancé plusieurs pistes. Certaines évoquent un empoisonnement criminel impliquant des plantes toxiques comme le datura ou la belladone. D’autres spécialistes ont défendu l’hypothèse d’une forme sévère de botulisme.

Récemment, le président de la Refondation a affirmé que les spécialistes russes dépêchés sur place n’avaient pas pu obtenir davantage d’éléments, notamment parce que le lieu du drame à Ambohimalaza avait depuis été transformé en atelier de couture. De son côté, la ministre de la Justice affirme avoir mobilisé tous les moyens nécessaires pour faire avancer les investigations.

Mais au sein de l’opinion publique, la pression reste forte. Car un an après, les familles des victimes et les survivants ne réclament pas seulement des explications médicales. Ils demandent surtout une vérité judiciaire.

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