
ANTANANARIVO – Ce lundi 9 mars 2026, un séisme politique secoue les hautes sphères de l’État Malagasy. Par un communiqué officiel, la Présidence de la Refondation a annoncé la fin de mission du gouvernement de Herintsalama Rajaonarivelo. Une décision qui intervient après une semaine de contestation menée par la jeunesse de la capitale.
C’est une fin de non-recevoir brutale pour l’équipe gouvernementale en place depuis octobre dernier. A la fin de cet après-midi, le communiqué de la Présidence de la Refondation est tombé : conformément à la Constitution, le Gouvernement est démis de ses fonctions. Dans l’attente de la nomination d’un nouveau Premier ministre et de ses ministres, l’expédition des affaires courantes est confiée aux Secrétaires Généraux de chaque ministère.

Entre pressions et ultimatums : la chute du gouvernement
Si l’annonce semble soudaine, elle marque le point d’orgue d’une tension latente qui n’a cessé de croître. Dès la semaine dernière, des collectifs de jeunes s’étaient déjà rassemblés pour dénoncer une « instrumentalisation » de leur lutte. Le changement radical pour lequel ils étaient descendus dans la rue en septembre dernier tarde à venir.
Fait marquant : ce sont les Générations Y et Z, structurées en diverses associations, qui ont pris la tête de la contestation. Ces jeunes dénoncent ce qu’ils qualifient de « gabegie étatique ». Entre le manque criant de services de base, la lenteur des réformes promises par le Colonel Michaël RANDRIANIRINA en octobre 2025 et les soupçons de corruption, la colère a fini par cristalliser.

Le paysage de la contestation est cependant pluriel. Une première faction, lors d’un point presse le 3 mars, a exigé une refonte institutionnelle totale, incluant la dissolution de la HCC, de la CENI et de l’Assemblée nationale. Une autre frange du mouvement a, de son côté, lancé un ultimatum de 72 heures ce samedi 7 mars pour obtenir le départ immédiat du Premier ministre. Dans ce climat électrique, l’activiste et non moins conseiller technique du Premier ministre, Mikolo a alerté l’opinion via un direct sur les réseaux sociaux après avoir fait l’objet de menaces de mort.
Alors que le Premier ministre semblait s’accrocher à son poste malgré l’expiration des délais, c’est finalement le Président de la Refondation qui a tranché, devançant une possible démission par une dissolution pure et simple de l’équipe gouvernementale.

« On ne sait pas ce qui se passe en haut lieu »
Malgré la clarté du communiqué sur la dissolution, le flou persiste sur les coulisses de cette décision. Les observateurs politiques s’interrogent : s’agit-il d’un lâchage politique du Premier ministre Rajaonarivelo pour calmer la rue, ou d’une fracture plus profonde au sein du la Présidence de la Refondation de la République ?
Le slogan « départ du Premier ministre » scandé durant le week-end semble avoir été entendu par le Colonel Randrianirina. En choisissant de sacrifier son gouvernement, le chef de l’État tente de reprendre la main sur une situation qui commençait à vaciller sous le poids des attentes sociales.
Quelle suite pour la Refondation ?
La nomination du prochain Premier ministre sera cruciale. La jeunesse, désormais actrice majeure de la scène politique, attend un signal fort : un gouvernement plus technique, moins « politique » et surtout, capable de répondre à l’urgence économique. Et les autres institutions ?
En attendant, les regards sont désormais tournés vers le Palais d’Iavoloha, où se joue l’avenir immédiat de la Refondation. On se souvient des paroles du colonel Randrianirina devant la diaspora, où il confiait sa difficulté à dénicher des profils « bulldozers » — des personnalités à la fois audacieuses, intègres et patriotes, résolues à combattre la corruption. Dès lors, saura-t-il cette fois dénicher les perles rares qu’il recherche pour mener à bien la Refondation ?

