
Scène surréaliste ce matin dans la cour de l’Aviation Civile de Madagascar (ACM). Ce qui devait être une procédure administrative a viré au déballage public. Entre abrogation contestée, refus de signature et accusations en direct sur Facebook, le linge sale de l’ACM ne se lave plus en famille.
L’image a enflammé les réseaux sociaux : le Directeur Général (DG) de l’ACM, Faniry Alban Rakotoarisoa, et le Directeur Administratif et Financier (DAF), Brizolas Rajaonarivelo, s’affrontant à l’extérieur des bureaux (en capture d’écran LuTV). Au cœur du litige ? Une lettre d’abrogation que le DAF refuse de signer, dénonçant un vice de procédure.
Une confrontation en mondovision
L’altercation a atteint son paroxysme lorsque le DAF a tenté de quitter les lieux à bord de son véhicule de fonction. Barrage immédiat du DG : « Vous n’êtes plus en fonction, vous ne pouvez plus utiliser ce véhicule. J’appelle la sécurité à fermer les portails ».
Sur la toile, les premières réactions ont massivement soutenu le DAF, dont le calme contrastait avec l’agacement du DG. Mais une question demeure : pourquoi avoir transformé une institution stratégique en tribunal médiatique plutôt que de régler le différend en interne ?

ÉCLAIRAGE JURIDIQUE : Le sort du véhicule de fonction
Dans l'administration malgache, l'usage d'un véhicule de fonction est strictement lié au titre exercé :
Fin immédiate du droit dès la notification de l'abrogation, le bénéficiaire perd le droit d'usage du véhicule, propriété de l'État.
Risque pénal : Maintenir l'usage d'un bien public après une révocation officielle peut être qualifié de détournement de biens publics.
Continuité du service : L'abrogation dans la haute fonction publique est souvent à effet immédiat pour permettre au successeur de travailler.
Le bras de fer judiciaire : Appel vs Notification

Le nœud du problème réside dans la validité juridique de la décision. Pour le DAF, le combat n’est pas terminé : il affirme vouloir déposer un recours en appel contre la décision du tribunal administratif. C’est cet argument qu’il avance pour justifier son refus de signer la lettre d’abrogation, estimant que la procédure n’est pas encore définitive. Et la notification ne lui est pas encore parvenue.
Face à cette stratégie, la Direction de l’ACM oppose une fin de non-recevoir. Elle rappelle que le DAF a déjà été débouté par le Conseil d’État et que la notification est exécutoire. L’étau se resserre : le Conseil d’Administration a confirmé son abrogation dès le 10 février, tandis que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique (MESUPRES) a officiellement mis fin à son détachement. Pour le DG, le recours en appel n’est pas suspensif et la passation est désormais impérative. De son côté, le DAF conteste la validité de la procédure, dénonçant un non-respect du parallélisme des formes dans son éviction.
Le « 13ème mois » : le point de rupture ?
Le DAF avance un autre argument de poids pour expliquer cette traque : son refus de valider le 13ème mois du DG. Ce dernier n’ayant pris ses fonctions que quatre jours avant l’attribution de la prime, le DAF a jugé le paiement illégal. Un acte de rigueur budgétaire qui, selon lui, lui coûterait aujourd’hui son poste.
La Direction, elle, soupçonne cette résistance d’être motivée par la volonté de protéger certaines archives ou pratiques financières sensibles. Elle dénonce une « prise d’otage » des bureaux depuis plus de deux mois.
Vers un dénouement forcé
La Direction a fermement balayé les accusations de discrimination ethnique, les qualifiant de « manœuvres de diversion ». Elle réaffirme que la procédure est purement administrative et légale.
L’heure de vérité : Une passation de pouvoir est annoncée pour demain, 8 heures. Si le blocage persiste, c’est l’image de l’autorité de l’aviation civile malgache qui risque d’être durablement ternie.

