mardi 27 octobre 2026

Interconnexion des réseaux électriques : Le plan de la Jirama pour réduire la fracture énergétique

Interconnexion des réseaux électriques : Le plan de la Jirama pour réduire la fracture énergétique

Pour sortir de la crise électrique durablement, la modernisation du réseau ne passe pas seulement par la construction de nouvelles centrales, mais aussi par la restructuration du transport d’électricité. La Jirama et le ministère de l’Énergie déploient un vaste plan d’interconnexion visant à relier les grands centres de production aux régions en déficit. Décryptage d’un enjeu d’infrastructures majeur.

1. Le morcellement du réseau électrique malgache

L’une des spécificités du système électrique à Madagascar réside dans son extrême fragmentation. Contrairement à de nombreux pays disposant d’un réseau national unifié, la Grande Île s’appuie historiquement sur une multitude de réseaux isolés.

La structure actuelle des réseaux interconnectés

On dénombre aujourd’hui trois grands réseaux interconnectés principaux, à côté d’une centaine de petits réseaux de centres isolés desservant les villes moyennes :

  1. Le Réseau Interconnecté d’Antananarivo (RIA) : Le plus vaste du pays, alimentant la capitale et les communes environnantes.
  2. Le Réseau Interconnecté de Tamatave (RIT) : Couvrant la grande ville portuaire et les zones industrielles côtières.
  3. Le Réseau Interconnecté de Fianarantsoa (RIF) : Desserte des Hautes Terres du Sud.

Les inconvénients majeurs des réseaux isolés

Les centres provinciaux non reliés dépendent quasi exclusivement de petites centrales thermiques locales au gasoil. En cas de panne de matériel ou de retard de livraison de carburant par la route, la ville entière se retrouve plongée dans le noir sans possibilité de secours par un réseau voisin.

Situation / InfrastructureSolution / ÉvolutionRésultat
Centres isolés (fuel cher et fragile)Interconnexion par lignes HTRéduction de la dépendance aux centrales isolées
Grands barrages / parcs solairesProduction d’électricité à grande échelleAlimentation du réseau
Interconnexion des infrastructuresRéseau interconnecté nationalRéseau électrique plus stable et intégré

2. Le projet stratégique du Réseau Interconnecté National (RIN)

L’objectif à moyen et long terme des autorités est de relier ces sous-réseaux pour constituer un véritable Réseau Interconnecté National (RIN).

Relier le RIA et le RIT : La dorsale Antananarivo – Toamasina

L’axe reliant la capitale au premier port du pays concentre l’essentiel de l’activité économique et industrielle. La construction d’une ligne de transport haute tension (220 kV) entre Antananarivo et Toamasina constitue la première pierre de ce grand projet :

  • Evacuation de l’énergie de Volobe : La future centrale hydroélectrique de Volobe pourra envoyer ses surplus d’électricité vers la capitale.
  • Mutualisation des moyens de production : Sécurisation de l’alimentation des zones industrielles situées le long de la RN2.

Désenclaver les provinces du Sud et du Nord

Des études d’extension prévoient également le raccordement progressif du réseau de Fianarantsoa vers le Nord, ainsi que la création de boucles régionales dans les zones agricoles et minières.

3. Défis techniques et financement des très hautes tensions

Mettre en place des centaines de kilomètres de lignes électriques à travers un relief escarpé représente un défi logistique et financier colossal.

Franchir le relief des Hautes Terres et la falaise Est

Le paysage malgache, caractérisé par des escarpements rocheux et des forêts denses, complique l’implantation des pylônes Très Haute Tension (THT). Les entreprises de BTP doivent acheminer du matériel lourd dans des zones parfois dépourvues d’accès routier carrossable.

L’apport des bailleurs de fonds internationaux

La réalisation de ces infrastructures de transport d’électricité requiert des investissements initiaux extrêmement lourds, irréalisables sur les seuls fonds propres de la Jirama. Les partenaires financiers (Banque Mondiale via le projet LEAD, Banque Africaine de Développement, Banque Européenne d’Investissement) apportent des financements sous forme de prêts concessionnels et de dons pour :

  • L’achat des transformateurs et pylônes.
  • La pose de câbles en fibre optique le long des lignes (Smart Grid) pour le pilotage à distance du réseau.
  • La libération des emprises foncières et l’indemnisation des populations impactées par le tracé des lignes.
Axe d’InterconnexionLongueur EstiméeTension PrévueObjectif Économique Majeur
Antananarivo – Toamasina~300 km220 kVÉvacuation énergie Volobe et soutien RIA
Antananarivo – AntsirabeRenforcement110 kVAlimentation du bassin industriel textile
Boucles Régionales SudVariables33 / 63 kVRaccordement des petites centrales solaires

4. Modernisation de la distribution et lutte contre le gaspillage

Le transport de l’électricité ne résout qu’une partie du problème ; la distribution aux usagers finaux nécessite elle aussi une rénovation complète.

Réduction des pertes techniques et commerciales

Une partie importante de l’électricité produite est perdue avant même d’arriver au compteur du client. Les programmes de modernisation prévoient :

  • Remplacement des câbles basse tension vétustes pour limiter l’effet Joule.
  • Déploiement de compteurs intelligents communicants pour détecter automatiquement les fraudes et branchements illicites.

Extension de l’électrification rurale

L’interconnexion des grands axes permettra de repiquer des sous-stations pour alimenter les villages situés à proximité des lignes Haute Tension, augmentant ainsi le taux d’accès à l’électricité en milieu rural (actuellement inférieur à 15 %).

FAQ : Tout savoir sur le réseau électrique malgache

Qu’est-ce que le RIA (Réseau Interconnecté d’Antananarivo) ?

Le RIA est le principal réseau électrique de Madagascar. Il regroupe les moyens de production (centrales hydroélectriques et thermiques) situés dans la région Analamanga et Vakinankaratra pour alimenter la capitale et ses environs.

Pourquoi construire des lignes haute tension coûte-t-il si cher ?

Le coût s’explique par le prix des matériaux (acier, aluminium, cuivre), la complexité du relief exigeant des ouvrages de génie civil lourds, et les équipements électroniques de protection des postes de transformation.

L’interconnexion va-t-elle faire baisser le prix du kWh à Madagascar ?

Oui, à terme. En permettant de distribuer de l’électricité d’origine hydroélectrique et solaire (très peu chère à produire) à la place du thermique à fuel, l’interconnexion fera baisser le coût moyen de production de la Jirama.

Conclusion : Un maillage indispensable pour le développement du pays

Le projet d’interconnexion des réseaux électriques constitue la colonne vertébrale de la transition énergétique à Madagascar. En reliant les sources de production renouvelables aux zones de forte consommation, la Grande Île se dote d’un outil d’aménagement du territoire décisif pour son essor industriel et social.

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