Namontana : ce que l’on sait des tirs qui ont fait un mort et six blessés

Date:

Trois jours après les tirs qui ont coûté la vie à un employé de Gastro Pizza et blessé six de ses collègues à Namontana, l’entreprise et les victimes livrent leur version des faits. Leur avocate, Me Sylviane Raveloarinivo, conteste notamment l’idée que les employés étaient armés et affirme qu’ils auraient tenté de s’identifier auprès des policiers. De son côté, le parquet confirme l’ouverture de deux enquêtes pour déterminer les circonstances exactes du drame.

Une nuit qui tourne au drame

Il est environ 23 heures, jeudi 1er octobre, lorsque plusieurs employés de Gastro Pizza, à Soanierana, raccompagnent leur gérant à son domicile, à Namontana. Selon les informations recueillies auprès de l’entreprise et de l’avocate des victimes, neuf employés faisaient partie du groupe. Une fois le gérant déposé, une partie d’entre eux reprend la route vers leur lieu d’hébergement, c’est à dire le dortoir de la Gastro Pizza.

C’est à ce moment qu’ils croisent des éléments de l’UIR (Unité d’Intervention Rapide). Quelques instants plus tard, des coups de feu retentissent. Bilan : un employé perd la vie et six autres sont blessés. Deux d’entre eux seraient particulièrement touchés et font toujours l’objet d’une surveillance médicale. Le défunt a été inhumé ce lundi 5 octobre.

Le quartier de Namontana (image facebook)

La version des victimes : « Nous ne sommes pas des bandits »

Pour les familles des victimes et leur avocate, Me Sylviane Raveloarinivo, les employés ont été pris pour des malfaiteurs. Elle affirme que les policiers intervenaient en civil et que les employés auraient d’abord pensé avoir affaire à des bandits lorsqu’ils ont entendu les premiers coups de feu.

Pris de panique, certains auraient tenté de fuir. Selon l’avocate, ils auraient ensuite tenté de s’identifier en criant : « Sefo a, tsy jiolahy izahay fa mpiasan’ny La Gastronomie Pizza. » Autrement dit : « Chef, nous ne sommes pas des bandits, nous sommes des employés de La Gastronomie Pizza. » Me Raveloarinivo affirme également que certains employés auraient montré leurs badges professionnels.

Elle soutient que des tirs auraient néanmoins continué, touchant plusieurs membres du groupe. L’avocate affirme notamment qu’un des employés aurait été atteint alors qu’il avait les mains levées.

Le pizzaiolo qui a perdu la vie lors des tirs des policiers

Pas d’armes à feu, selon l’avocate

Autre point contesté par la défense : la présence éventuelle d’armes dans le groupe. Me Raveloarinivo affirme que les employés ne portaient pas d’armes à feu. Selon elle, certains avaient seulement des bâtons, utilisés notamment pour se protéger contre les chiens errants lorsqu’ils circulent la nuit.

Elle explique également que ces employés travaillent de nuit et ont l’habitude de se déplacer ensemble. « Ce ne sont pas des bandits, ce sont des employés », insiste-t-elle. La défense estime qu’une simple vérification des badges ou une fouille aurait pu permettre d’identifier rapidement les employés. Elle évoque ainsi une possible « bavure policière », tout en laissant à la justice le soin de déterminer les responsabilités.

Le gérant de la Gastro Pizza Soanierana donne sa version des faits

Le témoignage du gérant : « J’ai entendu plusieurs coups de feu »

Le gérant de Gastro Pizza Soanierana raconte avoir vécu la scène depuis son domicile. « Je venais d’enlever mes chaussures quand j’ai entendu plusieurs coups de feu. J’ai immédiatement compris que c’était l’équipe qui venait de me raccompagner », témoigne-t-il.

Il explique avoir eu peur de sortir. Il aurait ensuite contacté la patrouille présente au niveau de l’entreprise. Selon son témoignage, celle-ci serait arrivée après minuit. « Nous sommes sortis et nous avons vu que la rue était pleine de sang », raconte-t-il. Le gérant insiste sur le fait que raccompagner les employés et les accompagner la nuit était une pratique habituelle dans l’entreprise.

Il affirme également qu’ils ne portaient pas d’armes à feu, mais pouvaient avoir avec eux des lampes et des bâtons pour se protéger des chiens. Le gérant a dû par ailleurs fermer le local de l’entreprise, ce qui engendre une perte importante pour Gastro Soanierana.

La procureur de la République a fait une descente sur le lieu du drame avec des éléments de la police et de la gendarmerie

La version des autorités : un groupe repéré après un signalement de vol

La version rapportée par les autorités présente un autre déroulement. Selon les informations communiquées sur l’intervention, la Police avait reçu un signalement concernant un vol à l’arraché dans le secteur de Namontana.

Les éléments de l’UIR dépêchés sur place auraient alors repéré un groupe correspondant au signalement. Selon une version rapportée par la presse, les policiers auraient ordonné au groupe de s’arrêter. Un refus d’obtempérer aurait ensuite entraîné une poursuite au cours de laquelle les forces de l’ordre auraient fait usage de leurs armes.

Le groupe s’est finalement révélé être composé d’employés de Gastro Pizza qui accompagnaient leur responsable, selon les informations recueillies après les faits. C’est précisément le déroulement de cette rencontre et des tirs qui doit désormais être établi par l’enquête.

Deux enquêtes ouvertes

Le parquet a annoncé l’ouverture de deux enquêtes. La première concerne le vol qui avait été signalé aux forces de l’ordre et qui avait conduit à l’intervention. La seconde porte sur les circonstances de l’intervention des forces de l’ordre, notamment sur la question d’une éventuelle faute ou d’un éventuel manquement dans l’appréciation de la situation.

Le procureur de la République s’est rendu sur place avec des responsables de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale afin de constater les lieux et de faire le point sur les investigations. Les autorités indiquent que l’enquête devra permettre d’établir les responsabilités de chacun.

Du côté des victimes, les familles ainsi que La Gastronomie Pizza ont déposé plainte, selon leur avocate. La défense souhaite notamment que toute la lumière soit faite sur les conditions dans lesquelles les tirs ont été déclenchés. Elle indique également que les enquêteurs cherchent à savoir si des caméras de surveillance étaient présentes à proximité du lieu du drame. Les éventuelles images pourraient apporter des éléments importants sur les quelques minutes qui ont précédé les tirs.

Une deuxième controverse après les tirs

L’avocate dénonce par ailleurs une intervention policière survenue le lendemain dans les locaux de l’entreprise. Selon elle, des policiers seraient entrés dans les locaux sans présenter de mandat, en passant par-dessus un mur, avant d’interpeller deux employés qui avaient été autorisés à rentrer après un examen médical. Elle qualifie cette intervention d’« arrestation musclée » et affirme que des personnes ayant tenté de filmer la scène auraient été menacées avec des armes.

Ces accusations font elles aussi partie des éléments que la défense entend soumettre à la justice.

Au-delà des versions contradictoires, plusieurs questions restent donc posées. Les policiers ont-ils procédé aux sommations décrites dans certaines versions ? Le groupe a-t-il réellement refusé d’obtempérer ? Les employés ont-ils été identifiés avant les tirs ? Des armes étaient-elles présentes ? Dans quelles circonstances les policiers ont-ils fait usage de leurs armes ?

Pour l’heure, aucune conclusion définitive ne permet de répondre à toutes ces questions. Une chose est certaine : un employé de Gastro Pizza a perdu la vie et six autres ont été blessés lors de cette intervention à Namontana. La justice devra maintenant déterminer précisément ce qui s’est passé et les éventuelles responsabilités de chacun.

Chasse-info suivra l’évolution de cette affaire et publiera les éléments officiels au fur et à mesure de leur confirmation.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager sur :

Newsletters
spot_imgspot_img

Articles récents

More like this
Related