
Le cri du cœur vient de la côte Est, là où le secteur touristique peine à se relever des blessures laissées par le cyclone Gezani. À Toamasina, l’emblématique complexe Melville, institution chrétienne et pourvoyeur d’emplois majeur, tire la sonnette d’alarme. Après plus de deux mois sans électricité, le fleuron hôtelier est au bord de l’asphyxie financière, menaçant de basculer des centaines de familles dans la précarité.
Au lendemain du passage dévastateur du cyclone Gezani, alors que les communications étaient rompues et la ville plongée dans l’obscurité, l’Hôtel Melville avait ouvert ses portes avec générosité. Grâce à ses groupes électrogènes de forte puissance, l’établissement proposait gratuitement aux habitants de charger leurs téléphones, devenant un îlot de secours pour une population sinistrée. Mais aujourd’hui, cette résilience a atteint ses limites. Alors que les quartiers environnants et les établissements voisins voient progressivement la lumière revenir, le Melville 1 et le Melville 2 restent désespérément coupés du réseau de la Jirama.
Une facture de carburant insoutenable
Soixante-dix jours après le cyclone, la gestion quotidienne du complexe hôtelier relève du miracle économique. Pour maintenir l’activité et assurer le confort minimal des clients, l’utilisation des groupes électrogènes est devenue une obligation permanente, « engloutissant jusqu’à 4 millions d’ariary de carburant par jour« , a souligné la directrice de l’hôtel au micro de Real TV. Cette charge colossale dévore les revenus de l’entreprise et fragilise sa structure même. La directrice, face à cette impasse, exprime son amertume : alors que la compagnie nationale semble ignorer ses bâtiments, l’entreprise malgache se sent « punie » pour sa volonté de créer de la valeur et de l’emploi localement.
Le spectre du chômage technique pour 250 émployés
L’enjeu n’est plus seulement commercial, il est profondément social. L’Hôtel Melville emploie actuellement 250 personnes, des jeunes, des mères et des pères de famille dont l’avenir est désormais suspendu à un câble électrique. Sans un retour immédiat de l’énergie fournie par la JIRAMA, le propriétaire prévient que la mise au chômage technique sera inévitable. Les salaires ne peuvent plus être honorés face à l’explosion des coûts opérationnels liés au gasoil.
Le message diffusé par la direction de l’hôtel est un aveu de faiblesse qui interpelle les autorités. En affirmant être « vaincu » par le prix du carburant et le silence des techniciens, l’opérateur souligne le manque de transparence et de communication de la compagnie nationale d’eau et d’électricité. Le Melville ne demande pas de faveur, mais simplement le droit à l’équité pour continuer à tourner et faire vivre ses employés. « Que devons-nous faire pour avoir de l’électricité comme tout le monde ? », s’interroge le patron de l’hôtel, dont le complexe, pourtant pilier du tourisme régional, semble être devenu le grand oublié de la reconstruction post-Gezani.

