
Après plusieurs années de fermeture, le magasin Magro de Behoririka annonce officiellement sa réouverture ce 2 avril 2026. L’événement, qui débute par un culte de bénédiction, marque le retour d’un site emblématique du groupe TIKO, fondé par l’ancien président Marc Ravalomanana. Au-delà de l’enjeu commercial, cette reprise s’inscrit dans un contexte politique singulier, ravivant le débat sur les liens entre pouvoir et économie à Madagascar.
Pourquoi Magro Behoririka avait-il fermé en 2009 ?
La première fermeture des enseignes Magro remonte à la crise de 2009. Le 26 janvier, lors des émeutes du « Lundi noir » à Antananarivo, plusieurs entreprises du groupe TIKO sont prises pour cible, pillées puis incendiées. Ces violences provoquent l’arrêt brutal des activités du groupe, alors que le président Marc Ravalomanana quitte le pouvoir pour l’exil.
Pendant plusieurs années, l’empire agroalimentaire reste largement paralysé. En 2016, une tentative de relance est amorcée sur certains sites, dont celui de Behoririka. Cependant, les obstacles persistent : en 2017, le magasin d’Ankorondrano ferme suite à un litige foncier avec la Chambre de commerce et d’industrie d’Antananarivo (CCIA). Enfin, en août 2020, la Direction générale des impôts (DGI) procède à la fermeture forcée du site de Behoririka. Les autorités invoquent alors des irrégularités fiscales et des arriérés s’élevant à plus de 71 milliards d’ariary, affirmant que la situation n’a pas été régularisée malgré plusieurs mises en demeure.

Un bras de fer politique sous l’ère Rajoelina
Sous la présidence d’Andry Rajoelina, les sites Magro ont peiné à reprendre leurs activités. Le camp Ravalomanana a régulièrement dénoncé une entrave à la liberté d’entreprendre et aux conventions internationales protégeant les investissements privés.
Au-delà des chiffres, Magro Behoririka conserve une dimension symbolique forte. Le site est demeuré un point de ralliement pour les « Zanak’i Dada », les partisans de l’ancien président, obligeant souvent les forces de l’ordre à quadriller les lieux lors de tensions politiques.

Une réouverture dans un nouveau contexte
Le climat politique semble avoir radicalement changé sous le gouvernement actuel. Le contraste est saisissant avec l’ère Rajoelina, durant laquelle Marc Ravalomanana, par crainte de représailles, se faisait discret et pesait scrupuleusement chacun de ses mots. Aujourd’hui, cette retenue a laissé place à une offensive verbale quasi systématique : l’ancien président multiplie les critiques ouvertes envers les autorités. Pourtant, c’est ce même régime qui lui accorde désormais un libre champ, lui permettant de circuler sans entrave et d’organiser ses manifestations politiques sur l’ensemble du territoire. Fait notable : trois ministres du nouveau gouvernement sont issus de ses rangs.
Signe le plus tangible de ce dégel : la réouverture de son magasin phare, longtemps resté sous verrou. L’image forte de ce culte de bénédiction restera celle de Maika Tsara, le fils cadet de l’ancien président, prenant officiellement ou officieusement les rênes de l’entreprise. On l’a vu prendre la parole et donner des encouragements aux nouveaux employés. Il a également annoncé une expansion prochaine dans les autres régions du pays.
Toutefois, cette réouverture soulève des questions. Aucune clarification publique n’a été apportée concernant les dettes fiscales massives évoquées en 2020. Les autorités ont-elles officiellement autorisé la reprise ? Cette décision alimente les spéculations sur d’éventuels accords entre l’État et la société Triple A, principal investisseur du groupe Tiko.

