
À Madagascar, le nom de Hary Rabary évoque d’abord une figure rassurante du milieu médical. Professeure agrégée en gynécologie-obstétrique, elle est connue pour son accessibilité et son engagement auprès des patientes, notamment à l’hôpital CENHOSOA et au sein de Marie Stopes International. Mais derrière la blouse blanche se cache une autre facette, moins connue du grand public : celle d’une écrivaine engagée, dont la plume bouscule les normes sociales.
Avec son ouvrage #Zakoa (Me too), Hary Rabary s’impose comme une voix majeure de la littérature contemporaine africaine. Ce roman épistolaire raconte l’histoire d’une jeune fille qui écrit à son agresseur après avoir subi un viol. À travers cette longue lettre, la victime refuse d’endosser la honte que la société tente de lui imposer.
Dans un contexte malgache où les victimes de violences sexuelles sont souvent stigmatisées, son message est clair : « Ce n’est pas moi la fautive, mais ceux qui n’ont pas protégé la victime et ont glorifié le violeur. ». Le livre met en lumière une réalité encore taboue : l’inversion de la culpabilité dans les cas de violences basées sur le genre. En dénonçant ce mécanisme, l’autrice ouvre un espace de réflexion nécessaire dans la société.

Une reconnaissance internationale et nationale
Le talent littéraire de Hary Rabary a été reconnu bien au-delà des frontières malgaches. Son roman a notamment été classé dans le Top 5 du Prix Orange du Livre en Afrique (POLA) en 2024, une compétition qui valorise les écrivains africains d’expression française. Le principe de ce prix repose sur la sélection d’œuvres proposées par des maisons d’édition, sans thématique imposée, mettant ainsi en avant la diversité des voix littéraires du continent
Le Jeudi 23 avril 2026, Hary Rabary a également été honorée par le Ministère de la Communication et de la Culture de Madagascar pour sa contribution au rayonnement culturel du pays. Cette distinction lui a été remise lors de l’ouverture du Tsenaben’ny Boky 2026 à Anosy.

Une œuvre qui dépasse le livre : l’adaptation théâtrale
Le succès de Zakoa ne s’arrête pas aux pages du roman. Adapté au théâtre par la compagnie Miangaly, le récit prend vie sur scène et poursuit sa mission de sensibilisation. La pièce est présentée dans des universités et lycées, touchant un public jeune et contribuant à éveiller les consciences sur les violences basées sur le genre. Cette initiative transforme la littérature en outil pédagogique et militant.
En parallèle de sa carrière littéraire, Hary Rabary enseigne dans plusieurs institutions, notamment à l’Université d’Antsiranana et à l’Université d’Antananarivo. Son parcours illustre une rare convergence entre science médicale, engagement social et création artistique. Cette double expertise renforce la crédibilité de son discours, notamment sur les questions liées aux violences faites aux femmes, qu’elle aborde à la fois en tant que médecin et autrice.

À travers son œuvre et son parcours, Hary Rabary incarne une figure féminine forte et engagée. #Zakoa n’est pas seulement un roman : c’est un cri, un témoignage et un outil de changement social. Dans une société en mutation, sa voix contribue à briser le silence et à redéfinir les responsabilités face aux violences basées sur le genre. Une démarche essentielle pour faire évoluer les mentalités, au-delà de la littérature.

