
Chaque année, ils sont plus de 500 000 à entrer sur le marché du travail à Madagascar. Diplômés ou non, pleins d’espoir ou déjà désillusionnés, ces jeunes font face à une réalité difficile : trouver un emploi stable devient un véritable parcours du combattant. Dans un contexte économique tendu, beaucoup se retrouvent à devoir improviser leur avenir, entre petits boulots, débrouillardise et rêves d’entrepreneuriat.
En 2025, la situation est préoccupante. Selon les données de Afrobarometer, près de 42 % des jeunes âgés de 18 à 35 ans sont au chômage et activement à la recherche d’un emploi. Mais derrière ce chiffre se cache une réalité encore plus complexe. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, avoir un diplôme ne garantit pas forcément un emploi. De nombreux jeunes issus de l’enseignement supérieur peinent à trouver un poste stable. À l’inverse, certains jeunes moins qualifiés parviennent à s’en sortir en acceptant des activités informelles, souvent précaires, mais immédiates. Une situation qui met en lumière ce que l’on appelle aujourd’hui le « paradoxe de l’instruction ».
À l’occasion de la concertation nationale des jeunes au CCI Ivato le 14 avril dernier, les prises de parole devant le président de la Refondation ont mis en lumière des défis persistants. Les préoccupations majeures concernent l’insertion professionnelle, entravée par un déficit d’employabilité et la complexité des parcours entrepreneuriaux. Par ailleurs, l’accès à la mobilité internationale reste limité par des contraintes financières et des critères de sélection rigoureux. Les participants ont également dénoncé une centralisation excessive de l’enseignement supérieur, plaidant pour une meilleure qualité de formation dans les régions afin de mettre fin à la dépendance vis-à-vis d’Antananarivo.
Une crise aux causes profondes
Le chômage des jeunes à Madagascar ne s’explique pas seulement par un manque d’emplois. Il révèle des déséquilibres plus profonds. D’abord, il y a le décalage entre la formation et les besoins du marché. Beaucoup de jeunes sortent des universités avec des connaissances théoriques, alors que les entreprises recherchent des compétences pratiques directement utilisables. Ensuite, le secteur formel reste très limité. Seule une petite partie des jeunes accède à un emploi stable avec contrat, obligeant la majorité à se tourner vers l’économie informelle pour survivre. Enfin, l’expérience constitue un obstacle majeur. Pour un jeune qui débute, il est souvent difficile de convaincre un employeur sans expérience préalable. Résultat : un cercle vicieux où il est presque impossible de commencer.
Face à ces difficultés, de nombreux jeunes ne restent pas passifs. Ils choisissent de créer leur propre opportunité. Selon les mêmes données, environ 63 % des jeunes malgaches envisagent de lancer leur propre activité. Du commerce en ligne à l’agriculture, en passant par les services numériques, l’entrepreneuriat devient une solution concrète pour s’en sortir. Cette tendance traduit à la fois une capacité d’adaptation et une volonté de ne pas dépendre uniquement d’un marché du travail saturé.
Une jeunesse qui attend des changements:
Malgré cette dynamique, beaucoup estiment que les efforts restent insuffisants. Environ 75 % des jeunes jugent que l’action de l’État face au chômage est limitée. Pour améliorer la situation, plusieurs pistes apparaissent essentielles : rapprocher la formation du monde professionnel, valoriser les métiers techniques et accompagner davantage les jeunes porteurs de projets.
Le chômage des jeunes n’est pas seulement un problème individuel. C’est un enjeu majeur pour l’avenir de Madagascar. Si cette jeunesse parvient à être accompagnée et valorisée, elle peut devenir un véritable moteur de développement. Mais sans réformes adaptées, elle risque de rester une génération en attente.
Plus que jamais, la question n’est plus seulement d’éduquer, mais de préparer concrètement les jeunes à entrer dans la vie active.

