Vapotage à Madagascar : une tendance chez les jeunes et risques encore méconnus

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À Madagascar, la cigarette électronique s’impose progressivement dans le quotidien. Dans les rues ou dans les bars, peut être aussi dans les endroits discret où les jeunes se regroupent, la vape est devenue une présence familière, surtout chez les jeunes.

Les utilisateurs les plus concernés se situent généralement entre 18 et 30 ans, notamment chez les étudiants et les jeunes actifs. Cette tranche d’âge est particulièrement sensible aux nouvelles tendances, et la cigarette électronique n’échappe pas à cette dynamique. Plusieurs raisons expliquent cet engouement. Pour certains, il s’agit d’abord de tester, par curiosité ou par envie de suivre une tendance vue sur les réseaux sociaux. D’autres y viennent sous l’influence de leur entourage, dans un contexte où l’effet de groupe joue un rôle important. La variété des arômes, souvent fruités ou sucrés, renforce également l’attractivité du produit. Enfin, une partie des utilisateurs considère la vape comme une alternative au tabac classique, voire un moyen d’en réduire la consommation.

Une pratique en pleine expansion

Le vapotage connaît une progression notable à Madagascar. Selon les estimations disponibles, environ 3 % des jeunes adultes malgaches utilisent régulièrement la cigarette électronique. Dans le même temps, le pays compte près de 4,6 millions de fumeurs, ce qui place Madagascar parmi les pays africains fortement concernés par le tabagisme. Cette situation favorise l’émergence d’un usage combiné, où certains consommateurs alternent entre cigarette classique et électronique. Cette montée en puissance se reflète également dans les politiques publiques. Le droit d’accise sur les cigarettes électroniques est passé de 5 % en 2024 à 20 % en 2025, signe d’un intérêt croissant des autorités pour ce marché en développement.

Côté santé. La bronchiolite oblitérante, surnommée « poumon pop-corn », figure parmi les préoccupations sanitaires. Cette maladie a été identifiée au début des années 2000 par le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH), à la suite d’une enquête dans une usine de pop-corn. Des ouvriers exposés de manière prolongée à un composé chimique appelé diacétyle — utilisé pour donner un goût de beurre — ont développé des lésions irréversibles des bronchioles.

Depuis, certaines études ont montré que ce composé pouvait être présent dans des e-liquides aromatisés, notamment ceux aux saveurs sucrées. Des cas de troubles respiratoires sévères ont été observés chez des vapoteurs à l’étranger, laissant penser qu’une exposition répétée à certains composants de la cigarette électronique pourrait contribuer au développement de maladies respiratoires comme la bronchiolite oblitérante, même si le lien direct reste encore débattu. À Madagascar, aucun cas officiel de cette maladie lié à la vape n’a été recensé à ce jour. Toutefois, les spécialistes restent prudents, soulignant que le manque de données ne signifie pas nécessairement absence de risque.

Entre tendance et enjeu de santé publique

L’un des principaux défis à Madagascar concerne le contrôle des produits. Une grande partie des cigarettes électroniques et des e-liquides disponibles provient de circuits d’importation informels, où la traçabilité reste limitée. Contrairement à certaines régions du monde où des normes strictes encadrent la composition des e-liquides, il est souvent difficile de connaître précisément les substances contenues dans les produits vendus localement. Cette situation expose les consommateurs à des risques encore mal évalués.

L’usage combiné du tabac et de la vape constitue une autre source de préoccupation. De nombreux consommateurs alternent entre les deux, cumulant ainsi les effets nocifs sur les poumons. Dans un contexte où le tabagisme est déjà élevé, cette double consommation pourrait aggraver les problèmes de santé respiratoire. Par ailleurs, certaines maladies comme la bronchiolite oblitérante restent difficiles à diagnostiquer, notamment dans des structures de santé où les équipements spécialisés sont limités.
Des symptômes tels que la toux chronique ou l’essoufflement peuvent ainsi être attribués à d’autres pathologies plus courantes, retardant une éventuelle prise en charge adaptée.

Le vapotage à Madagascar illustre aujourd’hui une réalité contrastée. D’un côté, il s’impose comme une tendance forte chez les jeunes et comme une alternative perçue au tabac. De l’autre, il soulève des interrogations importantes en matière de santé publique. Si le « poumon pop-corn » reste pour l’instant une alerte venue de l’étranger, il met en lumière les incertitudes liées à l’usage de la cigarette électronique, notamment dans un contexte de régulation encore limitée. À mesure que la pratique se développe, la nécessité d’informer les consommateurs, de renforcer les contrôles et de mieux encadrer ce marché apparaît comme un enjeu essentiel pour les années à venir.

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