
Lors de la présentation de son bilan annuel pour 2024, la ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Viviane Dewa, a abordé la situation de l’hôtel 5 étoiles près du Centre de Conférences Internationales (CCI) à Ivato. Au conseil des ministres tenu la veille, une nouvelle orientation a été actée : l’État ne cherche plus un gestionnaire pour exploiter cet hôtel, mais un investisseur prêt à le transformer en bureaux, espace de coworking et centre de loisirs.
Un investissement sous-utilisé depuis 15 ans
« Cet hôtel, construit il y a 15 ans, n’a jamais été utilisé comme il se doit, malgré les dépenses faramineuses engagées à l’époque », a déclaré la ministre. « L’absence d’entretien a entraîné une dégradation importante, nécessitant des rénovations coûteuses. C’est pourquoi nous avons changé d’approche. »
Construit par une entreprise chinoise en 2008 pour accueillir le 13ᵉ sommet de l’Union africaine, cet établissement s’étend sur 27 000 m² et comprend 220 chambres, 60 suites, des salles de restauration et diverses installations. Il dispose également d’un parking pouvant accueillir 130 véhicules. Cependant, les événements politiques de 2009 ont interrompu son exploitation, et malgré plusieurs tentatives de relance, l’hôtel est resté inactif.

Un projet avorté à plusieurs reprises
En 2016, la chaîne hôtelière Sheraton, sous l’égide de Starwood Hotels and Resorts (fusionnée avec Marriott International), avait manifesté un intérêt sérieux. Une campagne de recrutement avait même été lancée, et l’ouverture était prévue pour octobre 2016. Pourtant, malgré un investissement de 15 millions de dollars, le projet n’a jamais vu le jour.
En 2021, la Société d’Exploitation Hôtelière d’Ivato (SEHI S.A.), initialement créée pour gérer l’établissement, a été dissoute par décision de l’État. Lors du salon International Tourism Fair Madagascar (ITM) en août 2024, l’ancien ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Joel Randriamandranto, avait annoncé qu’un repreneur pour l’hôtel serait désigné en septembre 2024. Une dizaine de candidats avaient répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé en mai de la même année par le ministère via la société Son’Invest. Cependant, la démarche n’a pas abouti, en partie parce que le repreneur devait assumer les 700 000 dollars de travaux nécessaires pour remettre l’établissement aux normes, selon le site éco-austral.

Un défi pour le sommet de la SADC en 2025
En août 2025, Madagascar accueillera le 45ᵉ sommet des chefs d’État et de gouvernement de la SADC. Le président Andry Rajoelina assumera également la présidence de l’organisation pour la période 2025-2026, succédant au président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa.
À l’approche de cet événement, l’État recense les infrastructures disponibles pour héberger les délégations. Pourtant, l’hôtel 5 étoiles d’Ivato, conçu pour ce type d’occasion, reste inactif et en attente d’une reconversion.
Interrogée à ce sujet, la ministre a expliqué : « Le bâtiment est adapté, mais il nécessite une remise aux normes. Les investisseurs hésitent à s’engager dans des travaux de rénovation aussi coûteux. Pour beaucoup, construire une nouvelle infrastructure serait tout aussi onéreux, voire plus rentable. C’est ce qui freine les négociations. »
La reconversion d’une infrastructure de cette envergure soulève plusieurs questions, notamment sur la gestion des grands projets publics à Madagascar. En l’absence d’une vision claire pour valoriser ce patrimoine, l’État se prive non seulement d’une source de revenus, mais aussi d’un atout stratégique pour attirer des événements internationaux.

Le futur de l’hôtel 5 étoiles d’Ivato reste incertain, mais il illustre les défis complexes liés à la gestion des infrastructures sous-utilisées. À l’approche du sommet de la SADC, le gouvernement devra faire des choix stratégiques pour répondre aux attentes des délégations internationales et maximiser l’impact de cet événement sur l’image de Madagascar.

