
L’émotion était à son comble ce mardi 7 avril au tribunal d’Ambositra. Après une arrestation musclée le dimanche de Pâques, qui a suscité une vague d’indignation, le maire de Tsarasaotra a finalement évité la prison. Placé sous contrôle judiciaire, il demeure au cœur d’un bras de fer foncier et juridique avec le diocèse catholique.
Un revirement judiciaire de dernière minute
Le dénouement est tombé aux alentours de 16 heures. Grâce à une procédure d’« opposition » déposée par sa défense, le maire de Tsarasaotra ne dormira pas en prison. S’il échappe au mandat de dépôt, il n’est pas pour autant blanchi : la justice l’a placé sous contrôle judiciaire.
À sa sortie, l’élu a annoncé qu’il s’adresserait prochainement à la population à Antamponivinany. Ce verdict apporte un souffle de répit après deux jours de tension, marqués par des cris et des larmes au sein de sa famille et de ses partisans venus en nombre le soutenir. Sa femme a imploré les autorités de ne pas enfermer son mari « innocent ».

La version du Maire et de ses partisans : « Un élu traité comme un criminel »
Pour les soutiens du maire, l’indignation reste vive. Ils dénoncent une mise en scène qu’ils jugent humiliante, orchestrée au cœur d’un moment sacré pour la communauté. Les proches de l’édile s’insurgent contre l’usage de policiers armés pour emmener de force un magistrat de la ville en pleine célébration pascale, estimant qu’on ne peut traiter un élu du peuple de la sorte sans une justification d’urgence absolue.
Sur le fond du dossier, la défense soutient que le maire a agi dans l’intérêt du développement local en élargissant une voie d’accès vers un terrain de Savika. Ses partisans nient fermement toute atteinte à l’environnement, affirmant n’avoir arraché aucun arbre mais simplement aménagé un passage nécessaire à tous. Ils contestent d’ailleurs la légitimité foncière de l’Église sur cette parcelle, arguant que cette terre a été léguée oralement par les anciens sans qu’aucun document officiel ne vienne confirmer cette donation.
La version de l’EKAR : Le droit de propriété et l’échec du dialogue
Face aux revendications de la municipalité, le diocèse d’Ambositra maintient une ligne ferme, ancrée dans la protection du patrimoine et le respect de la loi. Le Père Fitiavana Nonne apporte un éclairage radicalement différent sur l’origine du conflit.
L’Église réfute l’idée d’un simple accord verbal ancestral et affirme détenir un titre de propriété officiel pour ces 4 hectares de terrain boisé. Pour le diocèse, il ne s’agit pas d’un espace à l’abandon, mais d’un projet écologique et social de longue date. Le Père Fitiavana déplore ainsi la perte de nombreuses plantations entretenues depuis des années :
« Un constat d’huissier a été réalisé : les dégâts sont bien réels », souligne-t-il, précisant que le maire a fait venir des engins de terrassement d’Antananarivo et de la région pour forcer ce passage, alors qu’une route existait déjà.
L’EKAR (Eglizy Katolika Romana) assure avoir épuisé toutes les voies de recours avant de porter l’affaire en justice. Le prêtre rappelle qu’en février dernier, 100 prêtres s’étaient réunis pour demander l’arrêt des travaux et initier une médiation. « Nous avons sollicité l’arbitrage du Monseigneur, mais le maire est resté injoignable et refusait de discuter », explique-t-il. Selon cette version, l’arrestation de dimanche n’est pas un acte arbitraire, mais la conséquence légale de deux convocations judiciaires (les 16 et 26 mars) que l’élu aurait délibérément ignorées. Une version confirmée par la magistrate Mirindra Ramahasitrakarivo qui a tenu une explication sur cet événement hier après-midi.
L’affaire est entre les mains du tribunal
L’affaire de Tsarasaotra dépasse désormais le simple litige foncier. Elle oppose deux visions de la légitimité : celle de l’élu porté par la volonté populaire et le développement local, et celle de l’institution religieuse protégeant ses droits de propriété et ses projets sociaux.
Alors que le maire se prépare à sa déclaration publique, le tribunal devra trancher la question cruciale : la volonté d’aménager une route peut-elle justifier l’empiètement sur un terrain privé titré ? Le procès à venir sera décisif pour l’avenir des relations entre la municipalité et le diocèse d’Ambositra.

