
La Société Sino-Malagasy des Travaux Publics (SMATP), figure emblématique du secteur du BTP à Madagascar aux côtés de géants tels que Colas, SNTP ou encore AGETIPA, s’apprête à entamer une nouvelle phase de son histoire. Forte de 39 années d’existence et de plus de 200 projets réalisés à travers le pays, l’entreprise a longtemps été un acteur stratégique dans la construction de routes et d’infrastructures majeures.
Une faillite qui interroge la gouvernance sino-malgache
Le capital de la SMATP est détenu à hauteur de 30,5 % par l’État malgache, tandis que l’actionnaire majoritaire et gestionnaire actuel est la China Road and Bridge Corporation (CRBC). Cependant, ces dernières années, l’entreprise a été déclarée « en faillite » par l’État malgache. Selon le ministre de l’Économie et des Finances, cette situation découle de pertes financières, d’une gestion inefficace et de la position ambivalente de la CRBC, à la fois gestionnaire et concurrente sur le marché public. La CRBC n’a pas réagi publiquement à ces déclarations.
Un plan de redressement mobilisant l’État malgache

Pour inverser la tendance, un plan de redressement a été lancé. Ce mercredi, une réunion stratégique a réuni le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), le ministère des Travaux publics, le ministère des Affaires étrangères, le gouverneur de la région Analamanga, qui préside également le conseil d’administration de l’entreprise. En novembre 2024, le gouverneur d’Analamanga avait déjà rencontré l’ambassadeur de Chine accompagné des membres de la direction générale de SMATP à Ankorondrano, pour aborder les questions de travaux de construction routière en faveur de la région Analamanga.
Le MEF entend jouer un rôle clé dans la conception de ce plan, en veillant à la transparence et à l’intégrité de sa mise en œuvre. Parallèlement, le gouvernement chinois a exprimé sa volonté de soutenir cette relance, notamment par la fourniture de matériels techniques. Une coopération étroite est déjà en place entre le MEF, le ministère des Travaux publics, le ministère des Affaires étrangères, la SMATP et l’ambassade de Chine à Madagascar.
Ce plan s’inscrit dans une stratégie à long terme visant à réhabiliter cette entreprise stratégique, à améliorer sa gouvernance, à éliminer les dysfonctionnements et à moderniser ses structures. L’objectif affiché : faire renaître un acteur incontournable du développement des infrastructures malgaches.
Relations sino-africaines
Cette situation de la SMATP révèle un paradoxe dans la gouvernance des entreprises mixtes sino-africaines. Comment expliquer qu’une entreprise dirigée pendant 39 ans par la CRBC, géant chinois du BTP avec un chiffre d’affaires de plusieurs milliards de dollars, se retrouve aujourd’hui accusée de « mauvaise gestion » par son partenaire malgache ?
En tant qu’actionnaire majoritaire de la SMATP, la CRBC devrait théoriquement œuvrer pour la prospérité de l’entreprise. Mais que s’est-il passé entre temps pour arriver à cette situation ? Cette affaire interroge plus largement sur l’avenir des partenariats sino-africains : les joint-ventures peuvent-elles réellement concilier les intérêts des partenaires locaux et des investisseurs étrangers sur le long terme ?

