
Antananarivo, jeudi 5 février 2026 — Face aux critiques persistantes sur la gestion de la SIRAMA, le général Émile Ramananarivo a tenu une conférence de presse afin de présenter le bilan de sa mission. Le directeur général de la société sucrière à participation de l’État a également tenu à clarifier plusieurs points sensibles aux yeux de l’opinion publique.
Une mission claire : redresser, assainir, sauvegarder
Dès l’entame, le général Ramananarivo a rappelé les trois axes majeurs de la mission confiée aux dirigeants actuels : le redressement de l’entreprise, l’assainissement de la gestion financière et comptable, et la sauvegarde du patrimoine.
Sur le plan financier, le constat est jugé sans équivoque. Alors que la SIRAMA était proche de la faillite en 2018, l’ensemble des indicateurs financiers est aujourd’hui positif. Déficitaire par le passé, l’entreprise affiche désormais des résultats excédentaires, avec une trésorerie estimée à 17 milliards d’ariary.
« La SIRAMA est redevenue une entreprise vivante, capable de s’autofinancer et de se projeter », a-t-il affirmé.
Patrimoine foncier : des procédures judiciaires en cours
Concernant le patrimoine, la direction actuelle affirme avoir mis fin aux pratiques anciennes. La SIRAMA ne vend plus de terrains et n’accorde plus de baux emphytéotiques déguisés en ventes définitives.
Par ailleurs, plusieurs procédures judiciaires sont engagées pour récupérer des biens acquis illégalement, notamment à Nosy Be et à Toamasina. À Nosy Be, 18 affaires ont déjà été remportées devant les tribunaux, même si certaines décisions tardent à être appliquées. Des saisies immobilières ont également été ordonnées sur des terrains transformés en propriétés privées ou en infrastructures de loisirs. Le Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO) suit de près cette affaire portant sur plus de 416 hectares de terrains appartenant à la SIRAMA S.A a Nosy Be.

Pourquoi certaines usines restent à l’arrêt ?
Interrogé sur la situation des usines de Nosy Be et de Brickaville, le général Ramananarivo a tenu à clarifier les responsabilités. Ces sites ne sont plus exploités par la SIRAMA, mais par la SASM, dans le cadre d’un partenariat conclu en 2015 par les anciennes directions.
Ce partenariat qu’il qualifie de « fiasco », empêche aujourd’hui toute relance directe par l’équipe actuelle. De manière plus générale, le directeur général a rappelé que la remise en marche des usines ne faisait pas partie de sa mission initiale. « Si Ambilobe et Namakia ne fonctionnent pas, c’est la responsabilité des partenaires chinois. Si Nosy Be et Maromamy sont à l’arrêt, c’est celle de la SASM », a-t-il précisé.
Réponse aux détracteurs
Le directeur général n’a pas éludé les critiques personnelles. Il a dénoncé des attaques provenant de certains anciens responsables, impliqués selon lui dans des affaires judiciaires ou foncières liées à la gestion passée de l’entreprise. « Dès qu’on parle de la SIRAMA, on nous accuse, alors que c’est précisément cette société que nous avons redressée après des années de gabegie », a-t-il déclaré. Il a rappelé qu’avant 2020, l’entreprise était quasiment à l’arrêt, avec des infrastructures dégradées et des moyens matériels inutilisables.

Vers la relance de l’industrie sucrière
Sur le plan des perspectives, le général Ramananarivo a rappelé que Madagascar consomme environ 250 000 tonnes de sucre par an. La production nationale, quant à elle, ne dépasse pas 100 000 tonnes, rendant le pays dépendant des importations.
Pour réduire cet écart, la SIRAMA envisage la construction de deux, voire trois nouvelles usines modernes et mécanisées, implantées sur de vastes superficies agricoles adaptées à la culture de la canne à sucre. Chaque projet représenterait un investissement d’environ 30 millions de dollars. Les conditions techniques jugées nécessaires sont: disponibilité des terres, accès à l’eau et à l’énergie, infrastructures routières acceptables et main-d’œuvre locale expérimentée.
Une entreprise à reconstruire sur le long terme
Fondée en 1923, la SIRAMA s’apprête à franchir une nouvelle étape de son histoire. Pour le directeur général, l’objectif est clair : transformer une entreprise longtemps affaiblie en un acteur industriel moderne et compétitif. « Le redressement est fait. La relance industrielle demandera du temps, des investissements importants et des choix politiques clairs », a-t-il conclu.

