
Face au retour des coupures d’électricité qui paralysent plusieurs grandes régions côtières, le Président de la République, Colonel Michaël Randrianirina, a haussé le ton. Le chef de l’État a adressé un dernier avertissement public à la société ENELEC, l’enjoignant à rétablir un approvisionnement électrique normal dans un délai de sept jours, sous peine de sanctions majeures.
Le message présidentiel résonne comme un couperet pour le producteur privé. Constatant la persistance des délestages critiques dans les villes stratégiques de Toamasina, Antsiranana et Mahajanga, le Président a exprimé sa colère face à la persistance des délestages.
« Je lance un avertissement à ENELEC (…) si elle ne veut pas travailler à Madagascar, qu’elle parte », a martelé le Président lors de sa prise de parole.
Le contrat dit « Take or Pay » au cœur du litige
Au-delà des pannes techniques, le régime pointe du doigt le manque d’efficacité opérationnelle de l’entreprise au regard de ses capacités contractuelles. À Antsiranana, par exemple, alors qu’ENELEC dispose d’une capacité installée de 18 MW pour un besoin local estimé à 11 MW, la production réelle est tombée à seulement 3 MW. Un écart jugé inacceptable par les autorités, qui menacent désormais de recourir à des pouvoirs d’exception, notamment la réquisition des infrastructures ou des stocks de carburant, en vertu de l’état d’urgence énergétique.
Cet avertissement met en lumière les tensions profondes qui entourent les accords liant l’État malgache à ses prestataires énergétiques. Le chef de l’État a vivement critiqué le mécanisme financier prévu par les clauses contractuelles, communément appelé « Take or Pay ».
Selon ce dispositif, la compagnie nationale Jirama est tenue de verser à ENELEC jusqu’à 65 % du montant prévu au contrat, quel que soit le volume réel d’électricité injecté sur le réseau. Une formule jugée abusive par les autorités actuelles, qui estiment qu’elle pénalise les finances publiques et les consommateurs malgaches au profit d’une production jugée insuffisante.
Pour comprendre l’impact de cet affrontement, il faut rappeler le rôle d’ENELEC dans le secteur énergétique national. Fondée il y a plus de vingt ans à la suite de la libéralisation du secteur électrique engagée à la fin des années 1990 sous Didier Ratsiraka, l’entreprise s’est consolidée sous le mandat de Marc Ravalomanana en tant que premier producteur indépendant d’électricité (PIE) du pays.
Aujourd’hui, ENELEC évolue sous la gouvernance de sa maison mère, le Groupe Filatex, dirigé par son PDG Hasnaine Yavarhoussen. L’entreprise exploite des centrales thermiques, développe des projets solaires de grande envergure pour alimenter plusieurs provinces côtières et assure également l’exploitation de la centrale de 40 MW de Mandroseza, à Antananarivo.
La réponse de l’entreprise
Dans un communiqué publié à la suite de l’annonce présidentielle, la direction d’ENELEC a indiqué accueillir les inquiétudes du chef de l’État « avec la plus haute considération ». L’entreprise attribue les récentes coupures à des problèmes techniques majeurs et sans précédent affectant ses installations. Le groupe précise également avoir engagé d’importantes opérations de maintenance lourde, menées par son opérateur Chelsea Énergie. Selon ENELEC, les retards de maintenance résultent directement des importants arriérés de paiement accumulés par la Jirama au cours des dernières années.
L’entreprise assure enfin que ses équipes restent mobilisées « jour et nuit » afin de rétablir la situation, tandis que le compte à rebours de sept jours fixé par l’exécutif est désormais lancé.

