Fanirisoa Ernaivo face à la Gen Z : Entre promesses de justice et réalités du pouvoir

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    Entre le lancement de la chaîne GenZ TV et les précisions apportées par la ministre de la Justice sur TV5 Monde, l’heure est à la confrontation constructive. Si les frustrations existent, chaque camp semble aujourd’hui chercher la clé pour rétablir une confiance mutuelle. La jeunesse malgache, moteur de la révolution au mois de septembre 2025, craint aujourd’hui de voir ses espoirs de rupture étouffés par les vieux démons de la politique.

    À Madagascar, la « Refondation » promise ressemble de plus en plus à un rendez-vous manqué pour la nouvelle génération. Fatigués de voir leur message déformé par les médias ou la charte qu’ils proposent ignorée par les cercles du pouvoir, les jeunes du mouvement Gen Z Madagascar ont décidé de reprendre le contrôle. Leur arme ? GenZ TV, leur propre chaîne, pour imposer leur propre narratif, précise Gaelle Borgia dans son reportage.

    Une charte qui prend la poussière ?

    Le point de rupture est symbolique mais à examiner de près : la Charte et la feuille de route de la Gen Z n’ont toujours pas été signées par les nouvelles autorités. Pour ces jeunes, c’est le signe d’un mépris persistant.

    Interrogée sur ce point par TV5 Monde, la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a tenté de temporiser. Selon elle, la Gen Z est une jeunesse « entrée en politique sans y être préparée ». Elle assure que la charte est à l’étude, mais pose une condition qui risque de ne pas plaire aux concernés :

    « Le contenu de la charte sera exécutable une fois toutes les bases de la refondation mises en place. »

    En clair : attendez la concertation nationale pour que vos idées soient proposées ou validée. Un discours difficile à entendre pour une génération qui réclame des actes immédiats.

    L’ombre du passé : l’affaire Koufali Daya et Mamy Ravatomanga

    L’autre source de frustration majeure concerne l’entourage du nouveau pouvoir. La Gen Z s’inquiète de l’influence de Koufali Daya, souvent présenté comme un trafiquant d’or présumé.

    Sur le plateau de TV5 Monde, la ministre a pris une position tranchée pour défendre cet allié :

    • Un défenseur, pas un trafiquant : Selon elle, Koufali Daya est une victime de dénigrement car il a osé s’attaquer au puissant Mamy Ravatomanga.
    • La cible désignée : Pour la ministre, « les vrais trafiquants restent Mamy Ravatomanga ainsi que l’ancien président Andry Rajoelina et son entourage. »

    Cette défense suffira-t-elle à rassurer les jeunes ? Pour la Gen Z, le simple fait que des noms associés à des polémiques gravitent autour du pouvoir rappelle les pratiques de « capture d’État » qu’ils souhaitaient justement voir disparaître.

    Justice pour Rajoelina : où en est-on ?

    La question de la reddition de comptes est le socle de la confiance. Fanirisoa Ernaivo a confirmé que trois plaintes visant l’ancien président Andry Rajoelina ont été déposées à l’Assemblée nationale pour saisir la Haute Cour de Justice (HCJ).

    • Calendrier : Les dossiers devraient être étudiés d’ici janvier.
    • Nationalité : La ministre balaye l’idée que la nationalité française de Rajoelina soit un obstacle. « Qu’il soit en France, à Dubaï ou à Madagascar, les infractions commises seront poursuivies. »

    Un gouvernement « infiltré » ?

    Le constat de la ministre est presque un aveu : le nouveau pouvoir a dû composer avec des « infiltrés » de l’ancien régime au sein de l’Assemblée, du Sénat et de l’administration.

    Si Fanirisoa Ernaivo promet de « démasquer » ceux qui refusent de changer les mauvaises pratiques, la Gen Z, elle, voit le temps passer. Pour ces jeunes qui ont soif de transparence, la refondation ne peut pas être un simple changement de casting, mais doit être une rupture totale avec un système qu’ils jugent encore trop présent dans les institutions (CENI, HCC, Sénat).

    Face à une Gen Z déterminée à maintenir la pression à tous les niveaux de l’État, la « patience stratégique » prônée par le ministère de la Justice suffira-t-elle à apaiser les esprits ? Si un essai de dialogue et une volonté d’entente s’esquissent aujourd’hui, l’avenir reste suspendu aux actes concrets. Tout l’enjeu sera de transformer cette écoute mutuelle en résultats tangibles avant que l’attente ne laisse place à une colère plus vive.

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