
« Nous avons la conviction que nous pouvons avoir un partenariat en matière de terres rares et de minerais stratégiques. Nous souhaitons être votre partenaire pour les valoriser et nous pouvons développer des filières pour les valoriser » (….) — Emmanuel Macron, président de la République française.
Ce message, livré avec assurance par Emmanuel Macron ce mercredi à Iavoloha et répété à deux reprises, n’est pas passé inaperçu. Le président français est actuellement en visite d’État à Madagascar, un déplacement symbolique et stratégique, à l’invitation de son homologue malgache. Il participera demain au sommet de la Commission de l’Océan Indien (COI), aux côtés d’autres dirigeants régionaux.

Une richesse convoitée, un avenir incertain
En marge des cinq axes de coopération officialisés entre la France et Madagascar (infrastructures, santé, formation des ressources humaines, agriculture, environnement et énergie), un sixième dossier s’est discrètement imposé dans les échanges : les ressources stratégiques du sous-sol malgache, et en particulier, les terres rares et les minérais stratégiques.
Souvent méconnues du grand public, les terres rares sont pourtant au cœur des technologies modernes : aimants pour moteurs électriques, écrans LED, batteries, radars, systèmes de guidage, IRM, et bien plus encore. Ce groupe de 17 éléments chimiques, dont le néodyme, le dysprosium ou encore le gadolinium, est indispensable à la transition énergétique et numérique mondiale.
Et Madagascar, riche en ressources naturelles, n’échappe pas à la convoitise internationale. Avec ses gisements latéritiques et sédimentaires, le pays pourrait devenir un acteur-clé de cette nouvelle ruée vers l’or… vert.

Ampasindava : un territoire stratégique au cœur des convoitises
Située dans le nord-ouest de Madagascar, la presqu’île d’Ampasindava est aujourd’hui au centre d’un intérêt géopolitique grandissant. Elle abrite un gisement exceptionnel de terres rares lourdes, indispensables à la fabrication des technologies modernes comme les moteurs électriques, les éoliennes ou encore les dispositifs médicaux. Parmi ces éléments, on trouve notamment le terbium et l’yttrium, extrêmement rares et recherchés.
Selon le Monde, le village de Betaimboa se trouve directement dans la zone d’exploitation, qui s’étend sur environ 300 km², soit près d’un tiers de la presqu’île. Le reste du territoire est classé en aire naturelle protégée, ce qui accentue la complexité du projet. Des études géologiques récentes estiment que plus de 600 millions de tonnes d’argiles contenant des terres rares y sont enfouies, ce qui en fait un site hautement stratégique pour l’industrie minière mondiale.
Dans le sud du pays, un autre projet attire également l’attention. À Toliara, une vaste zone minière fait l’objet de plans d’extraction de sables riches en minéraux. Cette concession, récemment reprise par une société américaine, couvre près de 470 km² et touche une douzaine de communes, totalisant plus de 20 000 habitants.
Selon l’article de CCFD Terre solidaire, certaines zones concernées, notamment Ankililoaka, Basibasy et Morombe, sont à proximité ou à l’intérieur d’écosystèmes sensibles, notamment la forêt des Mikea, territoire d’un peuple autochtone portant le même nom. Les projections évoquent la destruction de plus de 400 hectares de cette forêt, au profit d’installations logistiques : un entrepôt de stockage, une route de transport de minerais de plus de 50 km, et une infrastructure portuaire pour faciliter l’exportation des matériaux extraits.

Une pression diplomatique assumée
En évoquant explicitement ce sujet lors de son passage à Madagascar, Emmanuel Macron envoie un message clair : la France ne veut pas être spectatrice dans la course aux minerais stratégiques. Pourtant, le président malgache Andry Rajoelina n’a pas touché mot de cette demande dans son discours, préférant rester centré sur les accords bilatéraux plus traditionnels.
Ce silence n’est pas anodin. Il illustre la sensibilité du sujet, mêlant enjeux économiques, souveraineté nationale et pressions diplomatiques.
Le défi malgache : exploiter sans s’épuiser
Pour Madagascar, la question est cruciale : comment tirer profit de ses ressources tout en protégeant son environnement, ses communautés locales et son indépendance stratégique ?
La ruée vers les terres rares peut être une formidable opportunité de développement, mais aussi une bombe à retardement si elle n’est pas encadrée avec transparence, justice sociale et volonté politique forte.
Les terres rares, en 3 points
- Ce que c’est :
Les terres rares sont 17 éléments chimiques essentiels à nos technologies (batteries, éoliennes, smartphones, etc.). On les trouve en très faible quantité, mais leur demande est en forte hausse. - Pourquoi c’est stratégique :
Contrôler ces ressources, c’est avoir un levier puissant dans la transition énergétique mondiale. D’où la compétition féroce entre grandes puissances pour sécuriser les approvisionnements. - Pourquoi Madagascar attire :
Grâce à ses gisements encore peu exploités, Madagascar est vu comme un « nouvel eldorado ». Mais cette richesse peut aussi se transformer en « malédiction » si elle n’est pas gérée dans le respect des droits humains et de l’environnement.

