
Parcelle 21/53, Mangarivotra-Sud, Tamatave. Dans ce quartier populaire, le calme du dimanche soir a été soudainement brisé par des cris déchirants. Le 13 avril, vers 20h30, une jeune femme a été poignardée à treize reprises par un homme présenté comme son ancien compagnon. La victime, Chantal, 28 ans, est coiffeuse.
Ce drame, selon les habitants, ne relève pas d’un acte d’insécurité ordinaire, mais d’une violence intime, ancrée dans une histoire de jalousie et de rupture mal acceptée. Le journaliste d’investigation basé à Tamatave, Kamy Mickaelys Ndiamahazo, a recueilli le témoignage bouleversant de la victime.
« C’est un crime de jalousie, un geste désespéré d’un homme qui n’acceptait pas la fin de notre relation », confie la victime.
Après l’agression, l’homme aurait retourné l’arme contre lui, se poignardant au ventre. Les voisins, alertés par les cris, ont accouru et ont transporté les deux personnes à l’hôpital. La jeune femme, gravement touchée au niveau de la poitrine, près du cœur, et au foie, a miraculeusement survécu après dix jours d’hospitalisation.

« Il m’a dit qu’il ne voulait pas me perdre »
Le témoignage de la survivante est bouleversant. Elle parle d’une relation terminée, d’un homme qui ne cessait d’insister pour qu’ils se remettent ensemble, jusqu’à ce soir dramatique.
« Il est venu chez moi ce dimanche soir. Il disait qu’il ne voulait pas me perdre. Quand je lui ai dit de partir, il a sorti un couteau et m’a poignardée. Je suis tombée, il a continué. J’ai rampé pour sortir, j’ai crié. »
Des voisins l’ont entendue et l’ont immédiatement emmenée à l’hôpital. Ce sont ces gestes de solidarité qui lui ont sauvé la vie.

La mère demande justice et protection
Sa mère, bouleversée, vit dans la peur depuis ce jour.
« Ma fille a été sous oxygène pendant une semaine. On a peur. Même moi, j’ai peur. L’homme continue d’appeler et d’envoyer des messages, alors qu’elle est encore en soin. Nous avons porté plainte. Mais nous demandons plus : une vraie protection. »
Elle lance un appel à l’État, aux autorités judiciaires, et à la Première dame, se confie-t-elle au micro de Kamy Mickaelys Ndiamahazo.
« Pour le traitement, nous nous inquiétons car nous n’avons pas les moyens, mais ma fille a droit à la sécurité. Ce qu’elle a vécu ne doit pas rester impuni. »
Une plainte déposée, une justice attendue
La famille de la victime a porté plainte contre l’agresseur présumé. Ce dernier n’est plus hospitalisé à ce jour, et nous n’avons pas pu obtenir sa version des faits. L’enquête suit son cours.
Selon certaines sources, l’homme aurait contribué financièrement à la construction de la maison de Chantal et n’aurait pas supporté qu’elle mette fin à leur relation une fois les travaux terminés. Une affirmation que la jeune femme dément formellement.

Un cas parmi tant d’autres, une voix à ne pas faire taire
Ce qui s’est passé à Mangarivotra, ce n’est pas juste un fait divers. C’est l’histoire de centaines, de milliers de femmes à Madagascar et dans le monde. Des femmes qui osent dire non. Qui veulent partir. Et qui paient parfois de leur sang ce choix.
Ce n’était pas un geste d’amour. C’était un crime. Ce n’est pas une querelle de couple. C’est une tentative de meurtre. Ce n’est pas un simple conflit. C’est une violence basée sur le genre.
Et ce n’est pas un cas isolé. C’est un féminicide manqué. Et c’est toute la société qui doit regarder cette jeune femme, non pas comme une victime, mais comme une survivante, une voix qui doit être entendue.

