
Depuis la prise de pouvoir par l’équipe de la Refondation de Madagascar, les nominations politiques suscitent régulièrement l’attention de l’opinion publique. Elles font désormais partie des sujets les plus commentés à l’issue des Conseils des ministres de chaque mercredi. Cette semaine, une information faisant état de la nomination de Mikolo en tant que conseiller à la Primature a provoqué de vives réactions. Aucun décret n’a été rendu public à ce jour, mais des publications relayées par des tiers sur Facebook ont suffi à enflammer les réseaux sociaux.
Mikolo est un jeune universitaire qui s’est fait connaître lors des manifestations de la Génération Z, au cours desquelles il s’est illustré par son engagement actif. Il représente, pour beaucoup, une frange de la jeunesse ayant osé s’exprimer publiquement et s’exposer aux risques liés aux mouvements de contestation. Certaines de ses déclarations, notamment celles adressées à sa mère — largement relayées sur les réseaux sociaux — ont contribué à le propulser sur le devant de la scène médiatique : « Si je venais à mourir, maman, ce serait de ma propre volonté. Je mourrai pour l’amour de la patrie », déclarait-il en larmes.
Pour une partie des internautes, cette éventuelle nomination apparaît comme une reconnaissance du combat mené par les jeunes lors des mobilisations de la Génération Z. Ils rappellent qu’il « avait beaucoup fait en osant affronter les forces de l’ordre », mettant en avant le courage d’un militant resté présent malgré les menaces de répression. Dans cette optique, l’entrée de Mikolo à Mahazoarivo serait perçue comme un symbole, voire comme la preuve que les revendications portées par ce mouvement n’ont pas été vaines. Certains estiment ainsi qu’il pourrait porter la voix de la jeunesse auprès du Premier ministre.
Cependant, cette lecture ne fait pas l’unanimité. Depuis la diffusion de cette information, les réactions se multiplient, mêlant approbation, scepticisme, critiques et interrogations. Entre espoir de renouvellement politique et craintes de récupération, le débat reste ouvert, en attendant une éventuelle confirmation officielle. Quant à Mikolo, il semble avoir retenu une leçon essentielle : ne pas répondre à la polémique.

Photo : Heriniaina Rossi
Reconnaissance politique ou poste inadapté ?
Les critiques autour de Mikolo ne visent pas toujours l’homme, mais le symbole qu’il incarne. Une question revient souvent dans le débat public : Mikolo est-il à la bonne place à la Primature ? Le poste de conseiller technique n’est pas symbolique. Il exige des capacités d’analyse, une expertise précise et une bonne connaissance de l’appareil d’État. Plusieurs observateurs s’interrogent donc sur l’adéquation entre son profil et cette fonction.
« Pourquoi ne pas lui avoir confié un rôle plus cohérent avec son diplôme et son parcours ? », demandent certains. Ils dénoncent une pratique politique qui confondrait reconnaissance militante et responsabilité institutionnelle.
À Madagascar, la fonction de conseiller est parfois perçue comme un simple « seza ». Elle est vue comme un siège de plus, et non comme un réel levier d’action. Cette perception alimente la méfiance envers l’intégration des jeunes dans les sphères du pouvoir.
Engagement politique ou compétences académiques ?
Face à ces critiques, les soutiens de Mikolo défendent une lecture différente. Ils rappellent que le pays a longtemps été dirigé par des responsables peu formés. Les conséquences ont souvent été lourdes pour la population. Dès lors, pourquoi exiger aujourd’hui un parcours irréprochable à un jeune engagé sur le terrain ? Pour eux, l’engagement citoyen reste une forme de compétence politique à part entière.
Selon cette logique, Mikolo n’a pas vocation à être un technicien administratif de plus. Il serait avant tout un porte-voix. Il représenterait la jeunesse, les manifestants et les revendications de la Génération Z. Dans plusieurs pays, des jeunes sont intégrés aux instances de décision. Ce choix vise à renouveler les pratiques et les idées politiques.
Un point fait cependant consensus : le débat ne concerne pas uniquement Mikolo. Il met en lumière une fatigue généralisée face au système de gouvernance actuel. Beaucoup estiment nécessaire de revoir les critères de nomination politique. Ils appellent à une clarification des rôles et des responsabilités. La question des compétences reste centrale. « Ce n’est pas Mikolo le problème », écrivent certains internautes. Le véritable enjeu serait le modèle de leadership que Madagascar souhaite construire.
Depuis des années, les Malgaches dénoncent la domination des mêmes figures politiques. Ces responsables sont souvent perçus comme âgés et discrédités. Pourtant, l’arrivée d’un très jeune profil provoque une réaction immédiate. Cette contradiction interroge. Les Malgaches veulent-ils réellement un renouvellement générationnel du pouvoir ? Ou redoutent-ils encore ceux qui incarnent le changement ?

