
Le palais de Tsimbazaza a accueilli une réunion cruciale pour la gestion des deniers publics à Madagascar. Les députés ont auditionné les dirigeants de la Cour des comptes et de la Banque centrale. Les discussions ont porté sur le contrôle des dépenses de l’État et sur les mesures prises pour stabiliser la monnaie face à la hausse des prix.

Quatre ministères pointés du doigt pour des fautes de gestion
Le président de la Cour des comptes, Jean de Dieu RAKOTONDRAMIHAMINA, a partagé les conclusions de ses récents contrôles. Après avoir vérifié les comptes de plusieurs départements de l’État, l’institution a découvert que quatre ministères ont réalisé des dépenses injustifiées et commis de graves erreurs dans la gestion de leur budget. Le magistrat a annoncé que ces dossiers ont déjà été transmis aux autorités judiciaires compétentes, notamment à la justice anti-corruption, pour que les responsables soient poursuivis.
Par ailleurs, les députés ont déploré le retard des contrôles. Actuellement, la loi de règlement (le texte de loi qui valide définitivement la manière dont l’État a dépensé son argent) est votée avec deux ans de décalage. Les parlementaires souhaitent modifier la législation pour que ce contrôle s’effectue beaucoup plus rapidement à l’avenir.

Politique monétaire : l’Ariary s’apprécie face au dollar
Le gouverneur de la Banque centrale, Aivo ANDRIANARIVELO, a ensuite exposé sa stratégie pour protéger l’économie. Grâce à une politique monétaire stricte, consistant à réguler la quantité de monnaie en circulation, la devise malgache a repris de la valeur. L’Ariary s’est ainsi échangé autour de 4 193 Ar pour un dollar, alors qu’il avait franchi la barre des 4 579 Ar quelques mois plus tôt. Cette appréciation de l’Ariary permet de freiner l’inflation (la hausse générale des prix) sur les produits d’importation essentiels, tels que le riz, le carburant et les médicaments.
De plus, la Banque centrale poursuit ses achats d’or pour renforcer ses réserves. Une tonne d’or a déjà été convertie en or monétaire (des lingots d’or pur servant de garantie financière pour le pays). Pour intensifier cette dynamique, l’institution va ouvrir des comptoirs officiels d’achat d’or dans des villes minières stratégiques comme Ambilobe, Miandrivazo, Mananjary et Androibe. L’objectif principal est de juguler le trafic illicite d’or vers l’extérieur.

Un projet de changement de billets qui inquiète les députés
Le sujet qui a suscité les débats les plus vifs est le projet de refonte de la gamme des billets de banque. La Banque centrale étudie la suppression du billet de 20 000 Ariary. Pourtant, cette coupure est aujourd’hui utilisée pour près de 70 % des transactions dans le pays. La Banque centrale souhaite que le plus gros billet en circulation soit désormais celui de 1 000 Ariary.
Cette perspective inquiète fortement les députés, qui craignent une incompréhension de la population et un mouvement de panique. Les élus ont vivement recommandé à la Banque centrale de déployer une campagne de sensibilisation simple, claire et de grande envergure. Ils ont insisté pour que cette communication cible en priorité les campagnes et les zones rurales isolées, où les populations n’ont que très difficilement accès aux médias et aux services bancaires.
En clôture de séance, les parlementaires ont appelé la Cour des comptes et la Banque centrale à une synergie accrue afin de mieux veiller sur les finances publiques et préserver l’économie nationale.

