
Au lendemain des manifestations de septembre et dans un contexte politique encore instable, le nouveau président, fraîchement intronisé après sa descente remarquée sur la place du 13 Mai le 11 octobre, a livré un entretien inhabituel dans le paysage politique malgache. Deux heures d’échanges avec journalistes, influenceurs, représentants de la société civile, étudiants, artistes et sportifs ont donné le ton d’une gouvernance qui se veut différente : plus simple, plus humble, et centrée sur une refondation profonde du pays.
Un style sobre, loin des fastes et des promesses irréalistes
Le chef de l’État s’est présenté sans mise en scène ni effets d’annonce superflus. Il a rejeté les « velirano » intenables et les grands spectacles politiques qui ont marqué les dernières années. Le ton était calme, posé, presque pédagogique. Les invités ont pu parler sans filtre et les journalistes ont posé des questions franches. L’objectif : montrer une rupture nette avec la communication d’apparat qui avait fini par creuser un fossé entre dirigeants et citoyens.
Cette sobriété est revendiquée comme une marque de respect. « Dinika tsotra » plutôt que discours enflammés : le président veut incarner l’écoute plus que l’autorité.

La refondation commence dans les mentalités
C’est le message clé et le fil rouge de l’intervention. Le président affirme que la refondation du pays ne peut réussir que si chaque Malgache accepte de revoir ses réflexes, sa relation au pouvoir, et sa tolérance à la corruption. Oui, ce danger est pratiqué partout. Il a évoqué une société « éduquée » depuis l’enfance à contourner les règles, à acheter ce qui devrait être gratuit, à négocier ce qui devrait être juste. Selon lui, sans une révolution morale, les réformes structurelles resteront lettre morte. C’est une vision où la transformation n’est pas uniquement institutionnelle mais aussi culturelle.
La lutte anticorruption comme priorité absolue
Le président a affiché une détermination dans la lutte contre la corruption, qu’il qualifie de principale entrave au développement. Il a cité sans détour les grandes institutions gangrenées – SMMC, SMGD, JIRAMA et beaucoup d’autres – dont les enquêtes sont, selon lui, déjà en cours. Le dossier JIRAMA a été par exemple présenté comme l’un des plus complexes et des plus lourds : « la corruption y est ancienne et profonde ». Il est en de même pour les affaires de blanchiments de capitaux qui rongent le pays. Si on ne cite que le cas de l’entrepreneur Mamy Ravatomanga qui a réussi à détourner 600 millions de dollars, selon le président.
Un avertissement a également été lancé aux demandeurs de postes et aux soutiens intéressés : la refondation ne sera pas un partage de sièges. En effet, plusieurs individus, se réclamant d’une participation active au tolona (lutte), sollicitaient des postes. Michael Randrianirina a exprimé son indignation.
« Nous avons fait ce tolona pour l’intérêt public et non pour l’intérêt particulier ; sinon, ce n’est pas du patriotisme. »
Par conséquent, le chef de l’État réaffirme son engagement. Il veut mettre fin au clientélisme et aux pressions politiques sur les nominations publiques.
Un président qui se veut proche, accessible et ouvert aux critiques
L’un des éléments les plus marquants de cette intervention est la place donnée à l’écoute. Le président a reconnu que le temps lui manque pour répondre à toutes les sollicitations, mais il a affirmé vouloir renforcer cette proximité, quitte à laisser la critique occuper davantage d’espace médiatique.
Il s’est même dit favorable à ce que les forces vives – syndicats, Églises, société civile – s’expriment librement, y compris pour critiquer le pouvoir. Une posture inhabituelle dans un pays où les tensions entre gouvernants et contestataires sont souvent exacerbées. Son but, rendre au citoyen un espace d’expression, souvent verrouillé dans les régimes précédents.
Un retour au territoire, à la langue et à l’identité
Le président a également insisté sur la nécessité de valoriser la langue malgache, trop souvent reléguée au second plan dans les échanges officiels. Il veut faire de l’éducation locale un pilier de la reconstruction nationale, estimant que le système actuel a parfois « trompé » les Malgaches.
Le message identitaire est clair : la refondation doit aussi passer par une revalorisation culturelle et linguistique, préalable à toute transformation politique.

Politique, sécurité et réalités du pouvoir
Le chef de l’État a par ailleurs dénoncé l’existence d’opérations de déstabilisation qui seraient, selon lui, orchestrées par des acteurs disposant de moyens financiers importants. Incendies, violences, manipulations syndicales ou étudiantes : il affirme que son équipe doit évoluer dans une atmosphère tendue. Malgré sa volonté de dialogue et ses convictions chrétiennes, il dit être pleinement conscient de la force de ses adversaires et prêt à y faire face.
Concernant le Premier ministre, il a tenté de déminer les accusations de proximité avec certains groupes économiques, présentant ce choix comme un pari sur les compétences plutôt qu’un arrangement politique.
Contrairement aux discours traditionnels promettant des résultats rapides, le président a appelé à la patience. Les réformes, dit-il, prendront du temps. Il a rappelé que la refondation ne peut se faire ni en un mois ni par un seul homme. Une concertation nationale est annoncée prochainement pour définir collectivement les grands axes du changement.
Un discours de rupture, mais un défi d’exécution
Au final, cet entretien marque une volonté affichée de rompre avec les pratiques du passé. Sobriété, humilité, écoute, et lutte anticorruption constituent les piliers d’une nouvelle posture politique.
Reste un défi majeur : traduire en actes ces intentions, dans un pays où les réseaux d’intérêts, la méfiance citoyenne et les inerties administratives demeurent puissants. La refondation que propose le président est ambitieuse, exigeante, et repose largement sur l’adhésion collective. Elle ouvre une nouvelle page… dont les prochains mois diront si elle peut réellement être écrite.

