
Antananarivo, 6 octobre 2025 — L’esplanade d’Ankatso a accueilli dès le matin les jeunes de la Gen Z et plusieurs associations d’étudiants. Ils se sont réunis pour discuter de la stratégie des prochaines mobilisations. Leur représentant a évoqué les critères que devrait remplir le futur Premier ministre.
Selon lui, la mobilisation précédente a marqué une étape décisive.
Après ce rassemblement, le cortège a pris la direction d’Ambohipo, puis d’Ambanidia et d’Ankazotona.
Sur place, les forces de l’ordre étaient déjà en position. C’est à ce moment que les premières tensions ont éclaté.
Affrontements et dispersion à coups de gaz lacrymogènes
Les forces de sécurité ont retiré les barricades dressées par les manifestants pour bloquer la route.
Peu après, la situation a dégénéré. Des grenades lacrymogènes ont été tirées pour disperser la foule.
Des scènes similaires se sont produites à Anosy et Mahamasina, deux autres points de rassemblement importants. Face aux intimidations répétées, de nombreux jeunes se sont dispersés vers les quartiers d’Antanimbarinandriana, Anosy, Befelatanana et Amparibe.
Partout, la tension restait palpable.

Des élus dans la rue : solidarité affichée
À Behoririka, une délégation composée de conseillers municipaux — Babà, Lilly, Clémence et Toavina —, ainsi que de députés du Firaisankina et du Mouvement Gascar, a tenté de manifester.
Le groupe a pu marcher quelques minutes avant d’être dispersé par la police.
Dans une déclaration publique, un député a défendu sa présence dans la rue : « La pratique politique telle qu’on la connaît aujourd’hui, c’est ce qui nous pousse à descendre dans la rue. Changer les personnes en place n’a aucun sens tant que la manière de faire de la politique demeure la même. »
Il a également rappelé l’article 11 de la Constitution malgache, qui garantit la liberté de réunion et de manifestation : « Les citoyens ont le droit d’exprimer leurs opinions de manière pacifique et sans armes, ainsi que d’organiser des réunions et des manifestations sur la voie publique. »

Tensions à Toamasina : affrontements sur le campus
Sur la côte Est, la situation a aussi dégénéré. Au campus universitaire de Toamasina, les forces de l’ordre sont entrées dans l’enceinte pour poursuivre les étudiants. Elles ont franchi les portails et lancé des gaz lacrymogènes à l’intérieur des bâtiments, provoquant la panique.
Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des jeunes guidant des gendarmes vers une maison où auraient été cachés des cocktails Molotov. En fin d’après-midi, une association étudiante a dénoncé ce qu’elle appelle un “complot”, remettant en question l’origine réelle de ces engins explosifs et évoquant une possible manipulation.
À Tuléar, les étudiants ont tenté de manifester à leur tour. Cependant, les forces de l’ordre ont bloqué toute tentative de rassemblement. La même stratégie répressive qu’à Antananarivo s’est répétée.

Entre promesses présidentielles et réalité du terrain
Le contraste demeure saisissant. Le 3 octobre, le président Andry Rajoelina avait prononcé un discours apaisant, appelant au dialogue et à la concertation. Pourtant, sur le terrain, rien n’a changé. Les forces de sécurité continuent d’agir avec fermeté : gaz lacrymogènes, dispersions musclées, poursuites.
Le même scénario se répète jour après jour.
Les associations étudiantes et syndicats dénoncent un écart total entre les discours présidentiels et la réalité. Selon eux, les promesses d’apaisement ne se traduisent par aucune amélioration concrète. Entre les mots du pouvoir et les gaz lacrymogènes qui persistent, la jeunesse malgache paie le prix fort de ce bras de fer politique.

