Madagascar : violences policières et brutalités en hausse face à la contestation des jeunes

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    Antananarivo, octobre 2025 – Depuis le 25 septembre, date à laquelle les jeunes Malgaches de la « Génération Z » ont lancé un mouvement de contestation contre le président Andry Rajoelina, la capitale vit au rythme de manifestations quotidiennes. Mais derrière les slogans et les marches pacifiques, des images de brutalités policières choquent l’opinion publique et inquiètent la communauté internationale.

    Photo 1 et 2 : Zoom Mdg

    Une semaine de violences

    En l’espace d’une semaine, de nombreuses vidéos partagées en direct sur Facebook montrent des scènes de répression d’une rare intensité : jeunes poursuivis dans des ruelles, frappés à mains nues et à coups de pied, parfois maintenus au sol par plusieurs agents. Certains témoignages font état de portails d’écoles ou de maisons forcées par les forces de l’ordre, alors que des manifestants en fuite y cherchaient refuge.

    « Trois gendarmes frappaient un seul jeune qu’ils tenaient déjà immobilisé », raconte un étudiant. Ces séquences, largement diffusées, contrastent avec la mission officielle des forces, censées assurer le maintien de l’ordre sans excès.

    Photo : Zoom Mdg

    Des civils pris au piège

    Le 1er octobre, à Ampandrana, une mère de famille et son nourrisson ont été piégés par des tirs de gaz lacrymogènes. Acculée sur le toit d’une maison voisine, elle a hésité à sauter alors que son bébé commençait à suffoquer. Sous la panique et les cris de ceux qui tentaient de l’aider, elle a fini par lancer son enfant vers un groupe de jeunes qui l’ont rattrapé. L’intervention d’une équipe médicale bénévole a permis de lui administrer de l’oxygène et de le sauver.

    Deux jours plus tard, un bébé de 4 mois et sa mère ont été intoxiqués par les gaz chez eux à Mahavoky Besarety Antananarivo. Là encore, l’assistance des secouristes bénévoles et de la Croix-Rouge a été décisive.

    Arrestations et passages à tabac

    Les scènes d’arrestations brutales se multiplient. Le 3 octobre, un homme originaire de la banlieue d’Ambohitrimanjaka a été saisi à la gorge et emmené de force dans un véhicule de police. Des créateurs de contenu connus sur les réseaux, Fitiavana Mickael et « Mbalait », ont également été pris pour cible. Selon leurs récits, l’un d’eux a été roué de coups, ses téléphones confisqués.

    Les étudiants d’Ankatso, qui ont manifesté deux jours consécutifs, affirment eux aussi avoir été frappés, certains blessés, d’autres malmenés derrière les pick up de police.

    Point de presse effectué par les membres de l’Ordre des journalistes et les groupes des journalistes

    La presse également visée

    Les journalistes couvrant les événements ne sont pas épargnés. Un reporter de Real TV a vu son téléphone saisi en plein direct à Antaninarenina, puis de nouveau visé à Ambohijatovo. Alors qu’il interviewait un témoin, les forces de l’ordre ont tiré quatre grenades lacrymogènes dans sa direction. Le journaliste a failli perdre connaissance sous l’effet des gaz.

    Face à ces abus, l’Ordre des journalistes de Madagascar a exigé des explications et des garanties sur la sécurité des professionnels de l’information. Les forces de l’ordre se sont engagées à respecter le droit des journalistes à couvrir ces manifestations, mais la méfiance reste vive.

    Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit choqué lundi par la réponse violente des forces de sécurité aux manifestations en cours à Madagascar. 

    L’inquiétude de la communauté internationale

    Dans un communiqué, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a fermement dénoncé ces actes de répression, estimant qu’ils ont provoqué au moins 22 morts et des centaines de blessés à travers l’île. Ces chiffres ont été immédiatement réfutés par le gouvernement malgache, qui conteste l’ampleur du bilan.

    Plus surprenant encore, le président Andry Rajoelina n’a, à aucun moment, condamné ces violences dans ses discours officiels. Au contraire, il a félicité les forces de l’ordre pour avoir « accompli leur mission de maintien de l’ordre », ce qui alimente l’indignation des jeunes manifestants, des familles de victimes et de nombreux observateurs.

    De son côté, Volker Türk, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme exhorte  » les forces de sécurité à s’abstenir de recourir à une force non nécessaire et disproportionnée et à libérer immédiatement tous les manifestants arrêtés arbitrairement. Le droit international relatif aux droits humains est particulièrement strict quant à l’usage des armes à feu ; elles ne peuvent être utilisées par les agents des forces de l’ordre que lorsque cela est strictement nécessaire pour protéger des vies ou prévenir des blessures graves résultant d’une menace imminente ».

    Deux poids, deux mesures ?

    Au-delà des violences, un constat indigne les habitants : la nuit du 25 septembre, lors des pillages et incendies qui ont frappé plusieurs magasins du centre-ville, la présence policière était quasi inexistante. « Là où il fallait intervenir, ils ont laissé faire », déplorent de nombreux témoins.

    Pour beaucoup, le contraste est saisissant : une répression brutale et massive contre des manifestants souvent désarmés, mais une passivité totale face aux pilleurs. Cette perception nourrit la colère et alimente les doutes sur la volonté réelle des autorités de protéger la population.

    Un climat de peur et d’incertitude

    Dans les rues d’Antananarivo, les scènes se répètent : des jeunes, mains levées pour montrer qu’ils ne portent pas d’armes, arrêtés et battus sans ménagement. Pour les habitants, ces violences resteront gravées dans les mémoires.

    La mobilisation de la jeunesse malgache, portée par un désir de changement, se heurte ainsi à une répression dénoncée comme disproportionnée. Dans un pays marqué par des inégalités profondes et une crise politique persistante et répétitive, la question reste entière : jusqu’où le pouvoir est-il prêt à aller pour étouffer la voix de ses jeunes citoyens ?

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